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la Corde aux Lacs d’amour et la Corde à nœuds

Morceaux de textes choisis

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Travail      Symbolisme du Tapis de Loge aux deux premiers Grades
     réflexion d’Apprenti pour un Travail d’augmentation de Salaire
Thème      la Corde aux Lacs d’amour et la Corde à nœuds
Auteur      Un Maître-Maçon Resp:. L:. Robert Ambelain n° 14, Orient de Paris

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Les nuances entre la Corde aux Lacs d’amour et la Corde à nœuds

        La première est une corde sur laquelle apparaissent espacés des entrelacements en forme de 8 allongé et étiré, les deux extrémités de la Corde se terminant par la Houppe dentelée. Celle-ci est à elle seule un des trois ornements de la Loge signifiant le lien unificateur de tous les Maçons pour n’en faire qu’une même famille sur toute la Terre. Cette Corde, malgré une disposition dans le Temple généralement admise, n’en demeure pas moins un symbole méconnu à bien des égards. Cependant elle est, en de nombreuses Traditions, le principe organisateur du ciel et de ses constellations.

Bien que ne figurant pas dans la panoplie des Outils du Maçon, la Corde aux Lacs d’amour entre dans la symbolique de la construction, car elle ouvre le chemin de la connaissance des métiers et celui de la magie par la chaîne de ses liaisons : éléments qui allient les concepts les plus avancés de la science moderne aux perceptions les plus anciennes de la Tradition. La Corde ainsi dénommée ‘‘Corde aux Lacs d’amour’’ figure en périphérie de la Voûte étoilée jusqu’à ses extrémités placées de part et d’autre des deux colonnes d’Occident (J et B), tant dans le Temple que sur le Tapis de Loge, et à ce titre elle peut nous interroger. Quelles sont l’origine et la fonction de la Corde selon son appellation ? N’y aurait-il pas une règle de la Corde à respecter pour découvrir l’amour sincère et véritable ?  Ainsi donc disposée dans le Temple, on retrouve la Corde aux Lacs d’amour sur le Tapis déroulé sur le Carré long. Répétée deux fois (dans le Temple et sur le Tapis), elle a pour objet de délimiter un espace dans lequel Rituels et symboles des deux premiers Grades prennent place.

La seconde (la Corde à nœuds) est un symbole tiré de la Maçonnerie opérative et du métier de Maçon qui faisait emploi de la chaîne d’arpenteur, dite corde nouée pour le traçage des plans d’un édifice sacré. Dans les opérations d’arpentage, la mesure était prise au moyen d’une corde dont les nœuds fournissaient des mesures en même temps que des rapports de proportion. L’ouvrage ‘‘la Franc-Maçonnerie pour les nuls’’ explique que la corde était adoptée comme étalon de mesure commune aux Apprentis qui ne savaient ni lire ni écrire. Jointe à la géométrie pythagoricienne, la corde faisait office d’équerre pour obtenir le tracé d’un angle droit. Ces manipulations de la corde, dans l’obtention de l’angle droit et de la/ou des mesure(s) des côtés, entrent dans la Géométrie et les compositions de toutes formes, dont celle du Triangle, bien connues des anciens Babyloniens 2000 ans avant J.-C.

Ainsi le Théorème de Pythagore, associant les nombres successifs (trois, quatre et cinq), se trouve chargé d’une science fondamentale : il s’agit du seul triangle rectangle où les côtés s’expriment par des nombres entiers. Sur les rives du Nil, 2000 ans avant J.-C., la légende raconte que les Egyptiens, grands fabricants de cordes auxquelles ils accordaient une forte valeur, se servaient de la corde à treize nœuds soit de douze unités pour tracer des angles droits. Munis de cette bonne équerre, ils pouvaient reconstituer chaque année les limites des champs rectangulaires que les crues du Nil avaient modifiées par un apport de limon fertile.

Au fil des siècles les plus reculés depuis l’Antiquité et dans la civilisation des Incas, était utilisé le ‘‘Kippus’’. Pris en tant que système, il s’agissait d’une méthode d’assemblages de cordes à nœuds, dont ils ont éprouvé l’efficacité dans le codage et la conservation de toutes sortes de Connaissances, depuis de simples comptes qui font les bons amis jusqu’aux rituels et aux recherches astrologiques. Ils usaient de la corde à nœuds conçue comme un instrument de calcul, un principe supérieur et créateur qui lie le monde physique au monde spirituel.  Certains auteurs, nous dit Raoul Berteaux, poussent l’étude jusqu’à y voir une intervention des dieux qui occupaient alors une place très importante dans des rituels de magie.

Dans la symbolique maçonnique qui nous devient familière, on peut déceler la représentation de l’infini formé de l’entrelacement des nœuds de la corde, offrant ainsi d’innombrables potentialités mythiques et allégoriques, à l’exemple du célèbre fil d’Ariane, le lien confié à Thésée.

Le nœud est un symbole très particulier associé au lien. Le nœud nous renvoie aux ‘‘Lacs d’amour’’, constitués d’une double boucle large dont les deux extrémités du lien  –qui la tresse–  traversent le centre de la boucle, pour se croiser et ressortir sous la boucle basse. Les Lacs d’amour forment un gamma libre aux extrémités qui puisent les courants positifs et négatifs. Pour nous Maçons, les Lacs d’amour sont constitués d’une boucle éthérée et non d’un nœud serré, car l’amour authentique ne saurait être la représentation d’une strangulation, d’un enfermement, d’un entourage sans ouverture sur l’extérieur, d’un enclos fermé ou d’un point d’arrêt. Les Lacs d’amour ornent les Temples maçonniques comme ils décorent les clés papales. La Corde et ses Lacs d’amour sont corrélatifs d’un acte rituel, que l’on associe bien à tort à celui de la Chaîne fraternelle qui reste un usage faisant partie intégrante du Rituel, durant lequel elle est appelée à se former à l’initiative du Vénérable lors de la Fermeture des Travaux.

Toutefois, la Chaine fraternelle est identifiée à la Houppe dentelée, composante de la Corde aux Lacs d’amour. Cette Houppe figure le lien symbolique de tous les Maçons régulièrement initiés. Elle représente tous les Maillons de la Chaîne, dont chaque lac d’amour pris individuellement est unique et égal, puisque chacun d’eux représente, un à un, les Membres de la Loge ; et tous réunis, parce que cette Corde, prise dans sa totalité, représente le Maçon universel.

         Les Lacs d’amour incarnent les Maçons répartis sur la surface de la Terre. Ainsi, on peut affirmer que la Corde à nœuds figure plus largement la Maçonnerie universelle dans ses fondations, dans la mesure où elle rassemble dans l’harmonie, la concorde et la Tolérance, les Initiés dans l’espace sacralisé du Temple, à l’union des cœurs et des esprits pour vivre ensemble leur appartenance au grand infini de la vie. La Corde aux Lacs d’amour nous invite à élaborer un système de relations interpersonnelles et d’organisation humaine centré sur l’idée que nous partageons le même destin. Elle nous appelle à développer notre conscience de la réunion, à gérer collégialement ce qui relève de l’intérêt collectif, à exclure l’intérêt personnel et individuel, et à abandonner la compétition pour la coopération. Tous les hommes sont Frères. Ne pas le comprendre sert la disparition du genre humain et son autodestruction.

       Il y a donc lieu de distinguer ces deux symboles (Lacs d’amour et Corde à nœuds) de la Chaîne fraternelle, durant laquelle tous sont dégantés, tête nue, épée au fourreau ou déposé sur le siège, pieds à l’équerre. Les mains sont ouvertes, main gauche : paume vers le ciel (réception), main droite : paume vers la terre (don). A la demande du Vénérable, la Chaine peut être courte (les bras étant croisés, le bras droit au-dessus) ; ou longue (les bras sont alors ouverts, les mains présentées comme précédemment indiqué). Au REP, les Initiés lâchent leurs mains posément et sans secousse brutale pour quitter la Chaîne et non la rompre.

(Travail déposé sur le site en juin 2014)