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Le Tablier et les Gants du Franc-Maçon

        Morceaux de textes choisis        

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Travail … . Deux symboles majeurs
Thème       Le Tablier et les Gants du Franc-Maçon
Auteur ….. Un Maître-Maçon de l’Ordre du REP 

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers

Le Tablier

Le mot TABLIER dérive du latin tabula : table, que l’on retrouve dans le mot tabellion (latin : tabellio) qui signifie scribe, écrivain, notaire, et de l’arabe tabel qui veut dire écrivain public.

Nos Rituels écossais nous disent que le Tablier est l’emblème du Travail. Il revêt donc un caractère honorifique en contradiction avec les conceptions de la tradition judéo-chrétienne (Genèse : chap. 3, versets 17 à 19). Depuis des siècles, ce tablier était traditionnellement en peau de porc mais aussi en peau d’agneau pour rappeler l’innocence et la pureté. En raison de sa conception d’origine, on ne peut songer à la tradition salomonienne, car pour les Sémites le porc est un animal impur. Pour les Celtes, le porc sauvage, loin d’être considéré comme impur, est le symbole du druide, l’Initié celte. Pour les Irlandais, les fils de Turin partent à la conquête d’une peau de porc, qui guérit toutes les blessures lorsqu’on s’en enveloppe le corps, et ils mourront lorsque, après avoir été grièvement blessés, Lug refusera de leur prêter cette peau qui les sauverait. Ajoutons que les druides irlandais s’enveloppaient dans la peau encore fumante d’un taureau ou d’un bœuf qui venait d’être sacrifié, pour se livrer à la divination.

Ainsi, le Tablier existe depuis les temps les plus reculés en de nombreuses civilisations, notamment chez les Egyptiens pour qui il est conçu sous la forme d’un triangle équilatéral dont le sommet était rattaché à la ceinture.  Présent chez les druides gaulois et les Esséniens, il est également employé par les alchimistes. Présentant un caractère opératif dans l’ancien Compagnonnage, il était le symbole du passage de l’Apprenti au grade de Compagnon ; il était dit alors que l’Apprenti payait le ‘’droit de Tablier’’ ou ‘’droit de passage’’.  Il est à observer que le tablier est employé, depuis des générations et des siècles par tous les hommes de l’art, et cela en tous les corps de métiers et par bon nombre de professions, mais également par les particuliers, telle la cuisinière et la ménagère.

En Franc-Maçonnerie, il fait partie de la vêture des Maçons à tous les Grades symboliques, y compris dans les Grades suivants, exceptés les Degrés supérieurs du REP où il est facultatif. Blanc aux Grades d’Apprenti et de Compagnon, il est maintenu dans une forme codifiée sans faire usage de moult décors placés de façon anarchique, les Tabliers en ce Rite favorisent la couleur rouge. Malheureusement, il est à observer que depuis les années 1860, une forte tendance est marquée par les Obédiences pour un abandon massif du Tablier et des Gants au profit d’un seul Sautoir avec en pointe un Bijou d’Ordre appliqué à un Degré ; et pourtant Tabliers, Sautoirs et autres accessoires scintillent de mille feux selon les Rites et les continents.  Pour nous en tenir au REP, le Tablier est donc revêtu de peu de symboles ajoutés sur fond blanc, sa composition comprend une ou plusieurs couleurs, invariablement rouge et vert, couleurs de l’Ecosse et de l’Irlande depuis les origines. Les bijoux d’Office associés à l’or au REP, les Tabliers et Sautoirs varient selon le Degré et les Offices des Dignitaires.

Fabriqué en peau d’agneau blanche, le Tablier est le rappel de la ‘’tunique de peau’’ (source : la Genèse), telle que reprise dans la légende biblique selon laquelle Adam et Eve, exilés de l’Eden, en étaient vêtus. A ce titre, il était considéré tel le symbole de la prudence qui va de pair avec la protection. Le Tablier a pour fonction de préserver le corps physique contre tous risques d’incidents corporels éventuellement provoqués par les éclats de la Pierre, que l’Apprenti s’efforce de dégrossir.  En d’autres termes, il présente l’avantage, sinon la nécessité, de former une couverture telle un bouclier, ou un élément isolant libérant l’esprit de tout danger, afin que l’Apprenti prenne sa part active à l’œuvre de la construction universelle. Le Tablier ayant vocation à constituer la ‘’préface’’ de l’implication au travail de l’Apprenti, celle-ci n’a point d’autre objet que celle de la glorification du travail accompli, par les Apprentis et les Compagnons appelés à l’œuvre, pendant que les Maîtres-Maçons sont appelés à l’Ouvrage. En effet le Tablier symbolise le travail constant auquel le Maçon (à tous les Grades et Degrés) doit se livrer. Aussi, le Tablier est inévitablement opératif.

         Il est un Outil passif indispensable, puisqu’il fait partie de l’Instrumenta de l’Apprenti et à ce titre il n’est pas à être considéré tel un décor, étant seulement compris dans la vêture des Maçons.  Dans ce contexte, et comme précisé ci-avant, il est avant tout le symbole du Travail. Cet outil est non seulement permanent, mais imposé à chacun des Participants aux Travaux préalablement à leur entrée dans le Temple.

Nous rapportons ici le propos de Jean-Marie Ragon au Grade d’Apprenti : « Recevez ce Tablier que nous portons tous, et que les plus grands hommes se sont fait honneur de porter ; il est l’emblème du travail ; il vous rappellera qu’un Maçon doit toujours avoir une vie active et laborieuse. Ce Tablier, qui est notre habillement maçonnique, vous donne le droit de vous asseoir parmi nous, et vous ne devez jamais vous présenter dans ce Temple sans en être revêtu, la bavette levée. »   En complément de cet apport, il semble important de rappeler que le Tablier de peau prend un sens symbolique proche de certaines vêtures, tel que l’écrit le sociologue, François Ménard, comme suit : « A quoi peut servir le Tablier, sinon à protéger, à couvrir, à séparer les influences nocives ? Le Tablier maçonnique couvre simplement la partie inférieure du corps et surtout le bas-ventre. Le geste, qui isole ainsi les organes corporels où la Tradition reconnaît le siège de l’affectivité, des passions, signifie que seule la partie supérieure du corps, celle qui est le siège des facultés raisonnables et spirituelles, doit participer au travail.  Le fait que le Tablier fait de peau semble aussi symptomatique ; outre qu’il rappelle le vaste tablier de cuir de certains ouvriers, il est relié par sa nature aux centres organiques qu’il voile, le domaine de l’animalité….. »

En tous les Rites et aux deux premiers Grades, la forme du Tablier est variable, notamment à la Stricte Observance Templière (bavette arrondie et sans ceinture remplacée par un ruban à nouer). Tel que présenté sur la photo ci-après, il prend l’aspect du verso d’une enveloppe blanche commerciale dont les bordures de la partie triangulaire comprennent une bande de colle. Le Tablier des deux premiers Grades est blanc pour incarner la pureté immaculée. Aussi, l’Apprenti veillera à le garder dans un état de propreté parfaite, sachant qu’il l’utilisera au Grade suivant, celui de Compagnon, dont la bavette est rabattue.  Le Tablier de l’Apprenti est conçu à cinq côtés, comprenant les deux côtés formés par la bavette triangulaire relevée. Ainsi, le Tablier au Grade d’Apprenti représente le quaternaire surmonté du ternaire. La bavette rabattue au Grade de Compagnon redonne au Tablier sa forme à quatre côtés.  La bavette du Tablier forme en elle-même un Triangle solidaire du Tablier de forme rectangulaire, dont la base est rattachée à la ceinture. Au Grade d’Apprenti, la pointe relevée de la bavette symbolise le Feu, tandis qu’au Grade de Compagnon, la bavette se trouvant rabattue sur le tablier symbolise l’Eau.  Dès le deuxième Grade, le Maçon peut alors porter un regard neuf sur une dimension nouvelle attachée à l’alliance du feu et de l’eau, qui créa le TOUT.

Les couleurs employées pour la conception des Tabliers ont été fixées par le Convent de Lausanne, le 15 septembre 1875, qui a codifié les décors maçonniques (REAA) comme suit. De peau blanche, pour l’Apprenti (bavette relevée) ; pour le compagnon (bavette rabattue, telle que sur la photo ci-avant), le tablier peut être doublé de rouge. En certains Rites, le Tablier du Maître est bordé de rouge et en partie basse les lettres M:. et B:. figurent également en rouge.  Ces indications sont nettes et précises quant aux couleurs, et néanmoins le Tablier des Maîtres sont plus que fréquemment doublés de noir, vraisemblablement pour être retournés en cas de cérémonies funèbres, contrairement aux prescriptions du Convent de Lausanne qui rejetait une telle pratique. Nous comprenons ainsi mieux la volonté de Robert Ambelain d’imposer des Tabliers bordés et doublés de rouge (cf. le Tablier de Maître-Maçon ci-avant), afin de répondre aux anciens Usages qui préconisaient initialement le rouge, selon le symbolisme de cette couleur.  Quant aux Maîtres confirmés qui ont dépassé le troisième Grade, ils portent comparable Tablier complété de trois rosettes rouges. Nous n’aborderons pas ici les Sautoirs (ou Baudrier porté en collier), les Cordons (de l’épaule gauche à la hanche droite) qui constituent quant à eux des décors complémentaires au Tablier. Une précision s’impose sur la composition des couleurs ci-avant exposées. Celle-ci s’entend pour tous les décors, pour lesquels il convient de rappeler que la couleur blanche correspond à la Sagesse, la Grâce et la Victoire ; quant au rouge il incarne l’intelligence, la rigueur et la gloire. A noter qu’au REP, il y a lieu d’observer la couleur blanche qui s’applique aux décors des Grands Dignitaires, sachant que le rouge se trouve additif au blanc, par référence à nos Loges classées rouges en ce Rite. S’agissant des Tabliers des Maçons au REP en général, une grande dominante est établie autour de la couleur rouge ponceau et de l’usage de la couleur or, laquelle est appliquée aux Bijoux des Officiers qui figurent en pointe des Sautoirs. Ainsi conçus, ces Tabliers sont dépourvus volontairement de décors ajoutés qui n’apportent rien, sauf brillance sans signification rituelique propre à un Rite, pas plus que symbolique, cela à notre simple avis bien sûr.

Toutefois, nous nous attarderons sur le Tablier du Maître de Saint Jean au REP qui ferme les Grades symboliques, et plus particulièrement sur l’emploi des trois Tau renversés, précisant au passage que l’emploi du terme ‘’triple Tau’’ est employé bien à tort concernant le Tablier du Maître de Loge. Celui-ci diffère totalement d’un Tau renversé, puisqu’il se présente sous un aspect cruciforme composée de trois T assemblés, pour être exclusivement un emblème du Rite de l’Arche Royale et non celui d’un quelconque autre Rite. Pour satisfaire une première interrogation, l’iconographie de ces trois Tau renversés est présentée dans une forme pleine, soit rouge, soit dorée ; ils sont, tous les trois réunis, l’emblème du pouvoir spirituel pour le Tau supérieur ; initiatique pour le Tau inférieur gauche (côté cœur) ; temporel pour le Tau inférieur droit. Aux Grades et Degrés supérieurs, ils perdent la forme pleine pour être seulement bordés de rouge ou de doré, selon les pouvoirs conférés aux porteurs de ces Tabliers. Plus précisément, le Tau est un symbole expressif qui relie le monde de la matière à l’invisible, dans le même esprit que pour le (quatrième) Pilier absent autour du Carré long. Ainsi, le Tau renferme un thème purement spirituel.

Avant de clore ce chapitre sur le Tablier, nous jugeons utile d’y apporter une dernière précision d’importance capitale, pour mettre en exergue les valeurs historiques de la ceinture qui fait partie intégrante du Tablier. En effet, la ceinture est largement impliquée dans le labeur depuis le Moyen-âge, où elle était portée par tous les Chevaliers et cela par-dessus la tunique, à tel point que le fait d’être dépouillé de sa ceinture était un signe de dégradation, d’incapacité à remplir certaines obligations (notamment dans la Chevalerie où le ceinturon permettait le port de l’Epée) et de renonciation à certains droits. C’est alors que les débiteurs insolvables étaient obligés de quitter leur ceinture et que les veuves déposaient la leur sur le tombeau de leur mari quand elles renonçaient à toute succession.

Naturellement, ceci fait partie de l’Histoire ancienne, mais qui dit Histoire dit Tradition.  Dès lors, le port du Tablier, à tous les Grades et Degrés, doit impérativement recouvrir tous les vêtements.  Certains pourront objecter que selon les gravures et les iconographies les plus anciennes, le Tablier était porté sous la veste. Mais entre gravures et Tradition, le Grand Maître Robert Ambelain a choisi et imposé au REP qu’aucun vêtement ou partie de vêtement ne peut recouvrir et masquer, même très partiellement, Tablier, Sautoir ou Cordon.

Les GANTS BLANCS

En introduction, nous reprenons les termes de Jean-Pierre Bayard :  « Les gants blancs doivent servir dans toutes les Tenues. Cette tradition remonterait aux Maçons opératifs du XIVe siècle. Ces gants indiquent que les mains d’un Franc-Maçon doivent rester pures de tous actes blâmables, de même que sa conscience sera pure de tous sentiments vils. »

Toujours de couleur blanche dans la Maçonnerie de Tradition, et même s’ils font partie de la vêture des Maçons, les Gants sont à être considérés au même titre que le Tablier, tel un symbole, voire un Outil rituel et ne sont pas pris comme un décor.  En effet, les Gants blancs entrent dans la symbolique maçonnique des Outils (Materia prima) et sont inscrits dans l’Instrumenta du Maçon à tous les Grades et Degrés pour constituer un outil permanent et commun à tous les Membres de la Loge, qui doivent en être munis avant d’entrer dans le Temple. Nous pouvons alors considérer que Tablier et Gants blancs forment un binôme.

A noter que le Tablier et les Gants blancs sont remis au nouvel Initié lors de la même cérémonie, de la sorte, les Gants évoqueront à maintes occasions le souvenir des engagements qu’il a pris au cours de cette Réception. Lors de chaque prestation de Serment ultérieure, le Récipiendaire à chaque Grade et Degré aura à enlever le gant de sa main droite.  Les Gants remplissant leur office de protection des mains, lesquelles sont vierges de toute souillure et naturellement de tout acte criminel, sont donc symbole de pureté.

Si le port des Gants est maintenu durant les Travaux, ils sont retirés par deux fois. L’une pour la remise d’une obole dans l’Aumônière (Tronc de Bienfaisance, ou Tronc de la Veuve en d’autres Rites que le REP), afin de ne pas souiller les Gants et de leur conserver leur pureté ; la seconde lors de la Chaine fraternelle durant laquelle le contact humain, qui invite à l’émotion et aux sensations les plus chaleureuses, ne peut qu’être supérieur entre les Membres sans la barrière des Gants. Tête nue et dégantés, les mains des participants aux Travaux sont ouvertes, main gauche : paume vers le ciel (réception) ; main droite : paume vers la terre (don).

Lors de la Réception d’Initiation, le Récipiendaire recevait deux paires de Gants blancs, dont la seconde était destinée à la dame, qu’il considérait pour ses valeurs morales et qu’il portait en grande estime, et non forcément à celle à laquelle il était attaché sentimentalement. Sachant que cette paire de Gants était unique, il ne pouvait donc l’offrir qu’une seule fois. En d’autres Rites que le REP (notamment au REAA), la Tradition de la seconde paire de Gants, oubliée par les usages modernes, fut remplacée par une rose blanche. Ainsi et paradoxalement le nouvel Initié n’avait alors pas le temps de choisir sérieusement l’élue. Faute d’un choix averti, il ne pouvait offrir cette rose que rapidement sinon prendre le risque de présenter une fleur fanée qui perdait alors tout son sens et qui de toute manière ne pourrait être conservée bien longtemps.  Cependant aux derniers Degrés de certains Rites, à l’abandon du Tablier évoqué ci-avant, les Gants blancs sont également délaissés. Heureusement, cette règle stricte du port des Gants ne souffre aucune exception en de nombreux Orients, et quels qu’en soient les motifs invoqués par certains Dignitaires.

Pour résumer, Tablier et Gants figurent la pureté et sont le rappel du Travail à accomplir.

Additif concernant la vêture des Maîtres, qui ont le droit de rester couverts durant les Travaux Loge. En Chambre de Milieu, le Maître doit garder son chapeau, il lui est interdit de se découvrir, sauf quand il prend la parole.  Cette vêture comprend le chapeau, dit couvre-chef (calot ou Glengarry qui date du XVIIe siècle, lequel est privilégié au Rite Ecossais Primitif). Il est l’un des signes de ses prérogatives et de sa supériorité.  Oswald Wirth précise que ‘’Le chapeau, est l’emblème de la souveraineté.  Le couvre-chef remplit la mission de faire comprendre à celui qui le porte qu’il n’est pas un chef ayant pouvoir de commander arbitrairement selon ses appréciations personnelles’’, parce que s’il peut intervenir ce ne sera que pour exprimer les aspirations les plus élevées de la collectivité des Membres de la Loge. En effet, l’autorité relève des facultés du Maître de Loge. Autre précision, la Maçonnerie anglo-saxonne n’observe pas l’usage du Chapeau au Grade de Maître.

Travail mis en ligne en avril 2023