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Naissance de la Franche-Maçonnerie

Morceaux de textes choisis

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 Travail 

BREF APERCU des origines de la Franc-Maçonnerie et de la qualification de Franc-Maçon              

 Thème 

Naissance de la Franche-Maçonnerie de tradition

 Auteur

Un Maître-Maçon de l’Ordre du REP……

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Etant précisé que notre sujet est centré essentiellement sur les origines de la Franche-Maçonnerie occidentale, il convient de se reporter au Moyen-âge.  Alors que la société humaine, répartie de façon très sommaire en trois classes distinctes (le peuple, la bourgeoisie, le clergé), est fortement hiérarchisée, nous nous attacherons, dans cet exposé, aux métiers soumis à des juridictions précises, qui se nomment corporations, confréries, jurandes, guildes, etc.

Pourquoi ? Bien vraisemblablement, pour défendre les intérêts de leurs métiers, dont ils seraient les précurseurs de nos syndicats. En effet, détenteurs de leur secret de mise en œuvre, leur mode opératoire peut s’assimiler à celui employé par nos industriels contemporains et tous professionnels qui font appel à des Institutions pour protéger leur procédé d’élaboration au moyen de dépôts de marque et de propriété intellectuelle. Les tâches étaient naturellement organisées comme de nos jours, comprenant une part de surveillance, placée sous la responsabilité de celui que l’on pourrait associer à un chef de chantier d’aujourd’hui, en charge de la bonne exécution de travaux de toutes natures. Outre la construction d’édifices qui est le thème premier qui nous intéresse au titre des Grades symboliques de la rituélie maçonnique, tous les corps de métiers étaient présents : charpentiers, forgerons, menuisiers, serruriers ….. jusqu’aux cordeliers, tanneurs, etc….  Sans les citer tous, tant la liste est longue, nous sommes à même de penser qu’ils ‘’cohabitaient’’ dans une conception différente de la nôtre, quant à « l’obligation au travail ». Ces corps de métier ont donné le Compagnonnage, lequel ne relève naturellement pas de la Franc-Maçonnerie.  Un ouvrage fort intéressant titré ‘’Les Enfants de Salomon, sous la signature de Hugues Berton et Christelle Imbert, aux Editions Dervy’’ fournit toutes les approches historiques et rituelles sur les Compagnonnages et la Franc-Maçonnerie. Mais tous les textes s’accordent à affirmer que tous, apprentis, compagnons ou LE maître (parce qu’il n’y en avait qu’un par loge) d’une corporation médiévale savaient que le labeur avait un caractère divin, que la Franc-Maçonnerie à qualifier ‘’dArt royal’’.    Pourquoi travailler ? Question qui peut sembler idiote, mais commune depuis le Moyen-âge en tous les territoires et à toutes les générations en recherche de gain pour permettre aux acteurs dits ‘’bâtisseurs’’, comme à leur famille, de vivre dans la dignité et parfois même dans la perspective d’un enrichissement personnel, mais également à des fins d’accomplir un travail d’envergure spirituelle. La hiérarchisation du labeur a donné des Grades et Degrés dans l’exécution des ouvrages et des responsabilités assorties naturellement d’un salaire adapté à chaque classe agissante.

Parmi les corporations, attachons-nous à celle des constructeurs désignés sous le titre de maçons. Les maçons du Moyen-âge n’étaient pas seulement des manuels, mais également des maîtres d’œuvre et des architectes. Ils se divisaient d’ailleurs en maçons ordinaires, et en maçons instruits ou francs-maçons : les anglais disaient rough-masons et free-masons. Ce sont ces corporations puissantes répandues sur tous les territoires de la chrétienté auxquelles nous devons les immortels chefs d’œuvre des arts roman et ogival.  Pour préserver leur art sublime, ces constructeurs dressaient autour de leur corporation des barrières et des secrets.  Les Maîtres, peu nombreux et de haute science, n’admettaient dans leurs assemblées –ou loges– que peu d’apprentis. Ils les soumettaient à une discipline stricte, veillant paternellement, –donc fermement– sur leur instruction technique et sur leur valeur morale. Et les Apprentis ne devenaient Compagnons qu’après une série d’épreuves qui permettaient de les juger valablement. Il fallait donc beaucoup de temps et d’efforts persévérants pour devenir Francs-Maçons. Aussi, les Frères écartaient-ils de leurs loges les intrus en se reconnaissant entre eux par des signes, des attributs, des mots particuliers, précautions d’autant plus utiles qu’ils voyageaient beaucoup. C’est ainsi que deux facteurs ont incité d’abord les Compagnons puis ensuite les Maçons à s’organiser pour tenir compte de leurs conditions de travail. Ils se déplaçaient fréquemment au gré des chantiers, et afin de se reconnaître entre eux, des signes secrets se révélèrent très vite indispensables, et dès lors qu’il fallut protéger durant  les travaux et sans risque d’intrusion.

Ces mots, signes, attitudes (attouchements) constituaient des « secrets maçonniques », mais il était d’autres secrets. D’abord ceux relatifs à la technique. Seuls les Francs-Maçons savaient se servir d’outils particuliers –alors fort peu répandus– comme l’Equerre, la Règle, le Niveau, le Compas, etc. Eux seuls savaient tracer un plan et dégrossir une pierre brute pour l’inclure ensuite dans un mur ou sur une voûte. A cette époque, il n’y avait pas de livres, l’enseignement technique était oral ; oral et secret. Mais il était une autre catégorie de secrets, bien plus importants précisément parce qu’ils se référaient au caractère d’exception de l’ouvrage à accomplir proche d’une œuvre d’art réservée à un seigneur, un lieu de culte, un Ordre religieux,…. jusqu’à tout bâtiment faisant l’objet d’une ‘’commande’’ d’un Grand Seigneur du Royaume.

Chaque profession a ses gestes, signes et rituels, son intronisation secrète, qui sont autant de marques de reconnaissance et de distinction propres à l’appartenance d’une corporation bien précise. C’était l’unique chemin par lequel un homme peut accéder au plan divin de la connaissance qui lui permettrait un jour de maîtriser science et pouvoir. Les Collegia Romains qui regroupent des artisans par corporation sont des exemples typiques et bien que groupements laïques, la religion y est très présente et leur organisation prend souvent la forme d’un culte. Sous la Rome antique, un « collegium » (pluriel= collegia) était une corporation, qui s’est répandue jusqu’à nos jours pour prendre le statut d’une association servant des buts d’ordre public ou privé, reconnue par la loi et dotée de la personnalité légale. En faisant vœu de rassembler des individus ayant des sensibilités similaires et d’identiques préoccupations artisanales (on dirait aujourd’hui un ADN commun), ces Collegia dissimulent jalousement leur savoir et interdisent au profane l’accès à une certaine connaissance.  De nouveaux groupements de constructeurs apparaissent sous la forme de communautés monastiques rassemblant des architectes qui érigent de nombreuses églises et couvents qui voient le jour entre le VIIIe et le Xe siècles, période au cours de laquelle nombreux sont les peuples gagnés par une foi fervente un peu partout en Europe, qui reste le premier continent marial au monde. Ce continent, dont les racines chrétiennes émergent dans les tout premiers siècles de l’Histoire des peuples depuis l’Incarnation du Christ, a été le premier continent façonné par de très nombreux sanctuaires dédiés à la Vierge Marie. C’est bien l’Europe qui a fait rayonner la civilisation chrétienne sur la terre entière. C’est aussi l’Europe qui a donné à l’Eglise la plupart de ses grands Docteurs marials, parmi lesquels saint Bernard de Clairvaux et saint Augustin. Ainsi tout au long de sa longue histoire, l’Europe a été visitée à bien des reprises par la Vierge Marie. A partir du XVIIIe siècle, ce continent a été le théâtre de très grandes apparitions de la Vierge : à Fatima au Portugal, à Lourdes, à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse de Paris, ou à Banneux en Belgique, pour n’en citer que quelques-unes.  Depuis l’Inquisition, ce continent de « vieille chrétienté » a hérité de la vague des philosophes du soupçon et de graves guerres fratricides qui ont largement contribué à déchristianiser nombre de ses populations.

Mais revenons à nos bâtisseurs, il faut attendre le début du XIe siècle pour qu’apparaisse une forme inédite de société. Les expéditions marchandes et les croisades insufflent une dynamique nouvelle : c’est le temps des franchises communales et surtout de la construction des beffrois et des cathédrales sous l’égide de confréries. En leur sein, le travail est focalisé sur un destin sublimé, la religion restant la dominante de la  fraternité qui se place dans une coutume plus affirmée que jamais, çà et là les travailleurs manuels se regroupent en organisations autonomes. Dans les pays anglo-saxons et Outre-Rhin apparaissent les guildes (ci-contre sculpture représentant les Guildes de Tailleurs de pierre) ou associations de secours mutuel de coopération ouvrière pratiquant une activité commune, et celles qui prennent une forme de groupements artisanaux à vocation fraternelle et spirituelle. Dès la fin du XIIIe siècle, le monde féodal est en pleine effervescence. Partout on bâtit des forteresses, des commanderies, des églises, des routes, des ponts….   Par ailleurs, les maçons constituaient sur chaque chantier un groupe isolé dont les Membres éprouvèrent naturellement le besoin de se constituer en communauté. 

La Franc-Maçonnerie, qui naquit ainsi, n’est pas une corporation.  A l’origine, c’était une confrérie professionnelle appelée une Fraternité : c’est-à-dire qu’elle rassemblait des gens du bâtiment en vue d’un bénéfice spirituel, social, enfin pour le métier. La loge est mentionnée pour la première fois en 1277. On y adhère d’abord comme apprenti enregistré (entered apprentice, d’origine écossaise), puis on est reçu compagnon.  Ces professions reçoivent l’appellation de Francs-Mestiers.  Dans la langue de l’époque, est franc celui qui n’est pas soumis aux servitudes classiques et aux droits seigneuriaux. Il s’agit en l’occurrence de la plus concrète conception d’un avantage considérable.

Les Chevaliers puis les Templiers, les Francs-Mestiers principalement les maçons et autres métiers de la construction sont les acteurs infatigables de ce renouveau. On les retrouve dans la plupart des guildes et des métiers d’autrefois. Leur influence est telle que, malgré la dissolution de l’Ordre en 1312, les persécutions contre ses Membres et l’exécution sur le bûcher du Grand Maître de l’Ordre du Temple, Jacques de Molay en 1314, les Confréries de la Chevalerie, des Templiers puis celles des Francs-Mestiers ne cesseront d’exister et de se développer avec l’accord royal, tant en France qu’en Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs dans ce pays que la dénomination Franc-Maçon apparaît dans la seconde partie du XIVe siècle. Parallèlement, la définition et l’origine du mot Franc-Maçon, données par le Frère Thory dans son ouvrage intitulé  »Acta Latomorum », sont reprises ci-dessous :

 » En 1646, il existait à Londres deux sociétés distinctes : l’une de maçons constructeurs (qui possédait une grande salle de réunion) et l’autre de Frères Rose-Croix (établie d’après le plan tracé par le chancelier Bacon dans la Nouvelle Atlantis) ayant pour chef le célèbre antiquaire Elias Ashmole qui cherchait un local à sa convenance. Les deux sociétés fusionnèrent pour n’en former qu’une seule, et n’eurent plus qu’un seul Temple, celui des Maçons constructeurs. En revanche les Frères Rose-Croix rectifièrent les formules de réception des Maçons, et y substituèrent un mode d’Initiation calqué en partie sur les Initiations de l’Egypte et de la Grèce.  Enfin, pour constater d’une part la différence de la société nouvelle avec la maçonnerie de construction, et d’autre part l’acceptation des Frères Rose-Croix par les maçons constructeurs, les Membres de cette nouvelle société prirent le titre de maçons francs et acceptés. De là, la dénomination abrégée de Francs-Maçons, et, par suite, celle de Franc-Maçonnerie appliquée depuis à notre Ordre et à ses Initiés. »

Désormais, à ladite époque de renouveau intense et de forte mouvance des idées, tous les éléments sont réunis pour que naisse véritablement ce qui deviendra plus tard la Franc-Maçonnerie de tradition.

Pour terminer cet exposé, une précaution s’impose en ce sens, que celui-ci n’est qu’un raccourci de l’Histoire ayant seulement pour objet de rappeler les sources qui ont trait aux métiers des Bâtisseurs du Moyen-âge.

(Travail déposé en juin 2013)