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Sagesse et morale au Rite Ecossais Primitif

Morceaux de textes choisis

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Travail .. Thème central du Rite Ecossais Primitif
Thème    Sagesse et morale au Rite Ecossais Primitif  
Auteur

    Elisabeth Mutel

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Deux indices nous sont fournis, par les trois Tau du Tablier du Maître de Loge, dont l’un qui concerne le pouvoir spirituel conféré au Maître de Loge durant son mandat, le second indice se tourne directement vers le premier des trois Piliers ‘’Sagesse’’  placé à l’Orient Nord.  C’est au Premier Maillet qu’il appartient, au titre de sa responsabilité de diriger la Loge, de suivre les fondements de l’Ordre au travers des Rituels et de ses instructions dialoguées, qui regorgent de réponses à la question de la sagesse et de la morale.

Pour le fervent de la foi, la première des trois vertus théologales, fidèle d’une Eglise même sans assiduité régulière ou dominicale, l’écoute de la Parole divine se raréfie notamment en Occident où l’on connait un appauvrissement du nombre de chrétiens.  Et pour le Maçon adepte d’un Rite spirituel, il trouvera les bienfaits compensateurs des voix de la Sagesse, même si  inévitablement des pensées divergentes accaparent l’esprit de chacun des deux. Le Maçon dispose de Rituels proposés par un Ordre spirituel, sans naturellement les assimiler à un culte quel qu’il soit, y compris le Rite Ecossais Primitif qui se réfère aux Livres de la Bible. Confronté dès son Initiation à des interrogations, celles-ci le renvoient à un catéchisme totalement différent de celui dans lequel a baigné son esprit d’enfant. L’Initié doit donc s’attarder sur des références inédites qui lui permettront de développer une maturité nouvelle, sans règle absolue, mais seulement dans un esprit de découvertes et de convictions jusqu’alors inconnues ( »Lorsque j’étais enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai fait disparaître ce qui était l’enfant » – lettre de Paul aux Corinthiens, 1 – 13 – 11).

Aussi l’Apprenti, tout comme le Compagnon et le Maître, dans leur parcours maçonnique, décèleront un enseignement propre à chaque Grade. Ils seront appelés à travailler ensemble s’ils veulent progresser dans la voie initiatique. Il est vrai que notre vécu, notre expérience ou notre inexpérience antérieurs à l’Initiation, risquent fortement d’influencer notre mode de penser. Balloté par d’innombrables sollicitations, rétréci par de multiples contraintes, dépecé par des statuts sociaux et des  »rôles » différents à tenir, le citoyen de notre société de production ne vit plus qu’en compensant dans l’une de ses attributions les frustrations qu’il a subies dans un autre espace. Les nouveaux Initiés auront à laisser de côté ce principe de fonctionnement pour adopter, selon leur centre d’intérêt, un  »mécanisme » de réflexion qui leur soit propre dans leurs convictions et leurs certitudes, indépendamment des Institutions publiques et humaines, dont celles particulières à tous dogmes, la Franc-Maçonnerie étant adogmatique.

Les Rituels constituent à eux seuls un vecteur de disciplines axées sur la Sagesse et donc la philosophie, faisant abstraction de tout mercantilisme paralysant et monopolisant les esprits de certains envahis par la recherche de gains, de pouvoir, de notoriété, dans une obsession focalisée sur des sujets matériels.  Ceux-là ne trouveront pas le bonheur au sein de la Loge maçonnique, s’ils persistent dans leur conception première.

Dès le premier Grade, la rituélie du Rite Ecossais Primitif comme celle de bien d’autres Rites, est centrée sur la recherche et la connaissance de soi-même, sans écarter l’écoute de l’autre et de ceux faisant partie de la Loge. Apprendre à se découvrir soi-même permet de mieux s’ouvrir à la connaissance des autres. La conjugaison des cérémonies rituelles, appuyées de nouvelles lectures, sont les premiers faisceaux de l’unité des Initiés. Celle-ci se trouvera consolidée par les interventions de chacun pour former une communion de tous les participants aux Travaux en Loge, désignée sous le terme de Fraternité imagée en Tenue par la Chaîne fraternelle.  Il s’agit alors d’un ‘’vécu’’ neuf et original pour les Initiés. Un tel vécu dans l’union d’hommes et de femmes est parfaitement ignoré des Profanes, qu’ils étaient et qui peuvent toutefois avoir connu situation comparable, sans être semblable, à celle d’un contexte empreint d’une amitié indissoluble ou fragile selon les circonstances.  Durant les Travaux en Loge, il ne peut y avoir de rupture des liens qui unissent les Frères dans une Chaine forte excluant toute compétition. En effet, l’objectif premier de la Franc-Maçonnerie est le rassemblement d’hommes et de femmes sans condition de différences sociales ou culturelles, autant que cultuelles, dans la réalisation d’une œuvre commune et collective, au sein de laquelle il n’y a pas de ‘’maillons de la Chaine’’ dits faibles, si ce n’est négligés ou méprisés.

Utopie qu’une telle union ?  non point.  Tous sont présents pour saisir une inlassable sollicitude de l’autre, où chacun apportera ses impressions et ses contributions issues des études des textes ritueliques et leurs symboles.  Pas davantage, dès lors qu’il n’y a pas d’oppositions ou de contradictions avec la pensée universelle, hormis les dogmes privatifs de toute liberté de réflexion, trop souvent envahie d’interrogations sur le futur et le devenir, pour se recentrer sur le présent. En cela précisément le temps ou le moment présent dédié au Travail en Loge implique inévitablement un travail complémentaire, celui personnel à chacun d’eux.

Mais en quoi le moment présent est-il bénéfique lors des Travaux en Loge ?  Précisément, celui d’oublier, ou tout simplement de délaisser tout ce qui relève du superflu et de notre position sociale en tant que Profane. Un premier acte symbolique nous est manifesté par le dépouillement des métaux, préalablement à l’Initiation pour marque l’abandon de tous signes extérieurs. Un tel reniement insolite et inattendu pour le Profane annonce les débuts d’un intemporel cheminement initiatique, où se succèdent, d’abord son attention, puis son ressenti, enfin son discernement jusqu’au recueillement et la circonspection.  Cette réflexion sera celle qui le conduira inexorablement vers la Sagesse, qui n’est donc pas le seul apanage du Maître de Loge.  Durant son apprentissage, l’Initié nouvellement reçu, est appelé à écouter les propos des Officiers durant les cérémonies, au cours desquelles il prend la posture d’un observateur attentif à tous les actes et interventions, qui se déroulent sous ses yeux. Ainsi, seront sollicités tous ses sens, visuel, auditif et vocal, pédestre, et odorat, constituant les premières composantes des cérémonies rituelles.  Cette même réflexion, est la première des étapes sans cesse renouvelées à chaque Tenue jusqu’à une augmentation de Salaire, qui signera son passage au Grade suivant. 

L’acquisition de cette Sagesse, la Sagesse initiatique, s’opère par sa Réception au Grade d’Apprenti qui restera l’événement le plus incisif de sa vie maçonnique. Après certaines dispositions, il va découvrir et ouvrir son esprit à une discipline corporelle suivant en cela la posture de ceux qui l’entourent. Il va apprendre à dominer ses impulsivités, adopter de nouveaux réflexes et s’imposer une règle comportementale qui fait partie intégrante du cérémonial. Il va s’adapter à une ligne de conduite au sein d’un groupe autre que celui qu’il côtoie au quotidien dans la société profane. Il ne sait pas alors que dans les Grades suivants, il aura accès à des actions qui évolueront progressivement après la période d’apprentissage, durant laquelle il restera soumis sans exception à un self-contrôle total de toute tentative spontanée ou intuitive d’intervention, rendue impossible à ce premier Grade.  Cette inertie risque de lui sembler contraignante, dans une passivité prenant les allures d’un immobilisme, qu’il peut considérer comme immoral et méprisant pour sa personne réduite au silence et à l’inaction. Cependant, le second Surveillant, chargé de son éducation maçonnique, ne manquera pas de le rassurer, et il comprendra vite que l’apprentissage est une étape incontournable exigeant de lui un affermissement de ses envies et de ses réflexes pour recentrer son esprit sur la vision d’un nouvel environnement que constitue le Temple maçonnique. Celui-ci regorge d’éléments constitutifs d’un lieu glorifié où TOUT est SYMBOLE.  Le renoncement à l’action instinctive permet de s’imposer un état statique contrôlé, si ce n’est réprimé, qui invite à la consolidation de forces de réflexion et de méditation pour parfaire sa qualité de Maçon accompli.

Pourquoi les symboles ? 

Parce qu’ils sont les supports qui ouvrent les portes de l’Initiation et donnent les voies d’accès à la réflexion, la méditation, l’analyse, la superposition des éléments, …  par l’éveil d’une curiosité intellectuelle propice à l’enrichissement de l’esprit.  Les symboles prennent leurs sources puisées dans les textes et les écritures qui nous sont proposées par les mythes et légendes, jusqu’aux écrits des Sages de l’antiquité, sans oublier les plus anciennes, dont la Bible.  L’Apprenti saisira vite les possibilités d’accéder à la sagesse, que le monde profane ne lui offrira en aucune manière. Il est désormais en mesure de murir ses impressions et ses choix en toutes occasions.

En Franc-Maçonnerie, partir à la conquête de la Sagesse nécessite l’acquisition de nouveaux ‘’savoirs’’, suggérés par les Rituels au cours des cérémonies, que seuls les Initiés vivent durant les Tenues régulières, afin de progresser et de grandir. La Sagesse implique la persévérance dans l’action et la volonté de s’imprégner de références qui n’ont pas pour objet de diriger la réflexion de l’Initié, mais de nourrir son esprit ; dès lors doté d’un raisonnement de logique et de compréhension des phénomènes qui l’entourent au quotidien.  Les symboles ont vocation à ouvrir l’esprit à un ressenti pour construire sa vie sur une route pavée d’incertitudes et de doutes dans un cheminement vers l’absolu. Le Maçon fait abstraction de préjugés castrateurs, brave les affirmations et les pièges de la facilité et de l’aisance, mais toujours dans le maintien d’une opiniâtreté de réceptivité sans suffisance de lui-même.

La Franc-Maçonnerie est une Ecole de Sagesse quand elle observe un rite de Tradition empreint d’une forte spiritualité qui procure sérénité, et force tranquille avec prudence doublée d’une capacité d’invulnérabilité face aux contradictions et aux oppositions du monde profane.  En suivant la voie du silence, le meilleur des remparts contre ce qui semble insidieux ou futile, le Maçon se construit sur de nouvelles bases, qui le conduiront inévitablement à la morale. Le Maçon est alors en pleine puissance de forger son destin dans le sentiment et la fierté d’un être responsable de ses actes.  Il restera toujours sensible et perceptible à la morale, la morale qui appelle la distinction entre le Bien et le Mal.

Cette morale ne grandira que dans la probité, l’honneur et la dignité. La Sagesse n’est pas seulement maçonnique, elle est un guide précieux et sûr qui forge la volonté dans une lutte incessante contre les faiblesses et les difficultés. Elle influe une force de caractère qui domine et maîtrise toutes les impulsivités, contraires à la réflexion, au profit de la patience et de l’espérance qui conduisent à la réussite.  Grâce aux fondements de la pensée initiatique, nous quittons l’immobilisme plus ou moins envahissant, dans lequel le cadre profane a pu soit nous enfermer, soit nous cloisonner dans des directives imposées, pour mieux être en mesure de nous sentir responsables de nos choix et conscients de notre engagement maçonnique, dans la perspective d’une évolution dans les Grades et Degrés suivants.

La Sagesse d’un Rite maçonnique, tel que le Rite Ecossais Primitif, a pris ses assises d’une part, sur les fondations de la Tradition strictement écossaise du XVIIe siècle prenant souche au sein de la dynastie Stuart et des Loges militaires et régimentaires qui accompagnèrent les rois Stuart en leur exil, et d’autre part sur une Spiritualité née d’une ascendance à caractère liturgique, dont la rituélie pourrait être entendue tel un écho à de nombreuses philosophies et cultures issues de l’étude du Monde et des civilisations.   A l’instar d’autres Rites – notamment la Stricte Observance Templière, le Rite Ecossais Rectifié, le Rite Standard d’Ecosse, …. –, le Rite Ecossais Primitif a retenu une identité éminemment spirituelle, voire chrétienne et d’inspiration rosicrucienne. Ainsi, les rituels du REP, au travers du Nouveau Testament et de l’Ancien Testament, s’articulent autour des deux saint Jean, et saint André qui se place à la charnière de la Chevalerie maçonnique et de la Chevalerie institutionnelle.  Dès lors, ses Grades et Degrés sont scindés en Loges de saint Jean et en Loges de saint André.

Afin de clore au mieux et dans la Beauté ce Travail d’analyse, je fais appel à la PRIERE DE L’ARTISAN, selon un texte anonyme du XIIe siècle.  Cette prière, à elle seule, cristallise totalement l’enseignement et les valeurs bienfaitrices de l’enseignement du Métier.

« Apprends-moi, Grand Architecte de l’Univers, à bien user du temps que tu me donnes pour travailler et à bien l’employer sans rien en perdre.  Apprends-moi à tirer profit des erreurs passées sans tomber dans le scrupule qui ronge. Apprends-moi à prévoir le plan sans me tourmenter, à imaginer l’œuvre sans me désoler si elle jaillit autrement.  Apprends-moi à unir la hâte et la lenteur, la sérénité et la ferveur, le zèle et la paix. Aide-moi au départ de l’ouvrage, là où je suis le plus faible. Aide-moi au cœur du labeur à tenir serré le fil de l’attention. Et surtout comble Toi-même les vides de mon œuvre.

Grand Architecte de l’Univers, dans tout le labeur de mes mains laisse une grâce de Toi pour parler aux autres et un défaut de moi pour me parler à moi-même. Garde en moi l’espérance de la perfection, sans quoi je perdrais cœur.  Garde-moi dans l’impuissance de la perfection, sans quoi je me perdrais d’orgueil. Purifie mon regard : quand je fais mal, il n’est pas sûr que ce soit mal et quand je fais bien, il n’est pas sûr que ce soit bien.

Grand Architecte de l’Univers, ne me laisse jamais oublier que tout savoir est vain sauf là où il y a du travail. Et que tout travail est vide sauf là où il y a amour. Et que tout amour est creux qui ne me lie à moi-même et aux autres et à Toi.  Grand Architecte de l’Univers, enseigne-moi à prier avec mes mains, mes bras, et toutes mes forces. Rappelle-moi que l’ouvrage de mes mains t’appartient et qu’il m’appartient de te le rendre en le donnant.  Que si je fais par goût du profit, comme un fruit oublié je pourrirai à l’automne.  Que si je fais pour plaire aux autres, comme la fleur de l’herbe je fanerai le soir. Mais si je fais pour l’amour du bien, je demeurerai dans le bien.   Et le temps de faire bien et à ta gloire, c’est tout de suite.  Amen. »

Travail déposé en ligne en septembre 2023