la Lettre G

Morceaux de textes choisis

morceaux2
 Travail 

Insertion d'une lettre dans les mystères de la Franc-Maçonnerie  

 Thème 

la Lettre G

 Auteur

Elisabeth Mutel ……

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

La lettre G fut la troisième des plus anciens alphabets, dont le grec.  Elle est la cinquième consonne de notre alphabet latin et correspond au tracé primitif et antique du gamma grec dont l’écriture se présente sous l’aspect d’une équerre. Alors que pour plusieurs auteurs, cette Lettre serait apparue au début du XVIIIe siècle, elle figure durant les Travaux en Loge en bonne place aux trois Grades de saint Jean de la Franche-Maçonnerie de Tradition. Au REP, la Lettre G et ses Mystères font l’objet du quatrième Grade qui ferme les Travaux en Loge de saint Jean, Rituel que Robert Ambelain a écrit à partir d’un vieux manuscrit figurant dans les archives personnelles de Georges Bogé de Lagrèze. Cette Lettre est communément placée au centre de l’Etoile en tous les Rites. Aussi, nous pouvons considérer que le G et l’Etoile forment un binôme. Parfois, l’iconographie symbolique la représente accompagnée du Compas et de l’Equerre.  Pour revenir à l’ancienneté de cette Lettre G, il semble donc qu’elle ne figurait dans aucun rituel antérieur à l’époque de 1737, date à laquelle elle apparaît, tel un emblème, dans les Rituels de la Franc-Maçonnerie française. Toutefois, nous pouvons constater que les significations de la Lettre G n’ont pas varié au cours des siècles pour lui conserver un contenu initiatique et ésotérique particulier.

Notre Rituélie précise que l’Apprenti a souhaité être reçu au Grade de Compagnon pour connaître la Lettre G, qui s’inscrit dans l’instruction dialoguée dès la deuxième question, ce qui traduit son importance initiatique. Ainsi insérée au centre de l’Etoile flamboyante, elle ne peut que focaliser l’attention de l’Aspirant à qui cette lettre est révélée pour la première fois en ces termes lors de sa Réception à ce Grade du REP : « Cette lettre est le G latin, le gamma grec, le guimel hébraïque. Elle révèle un triple aspect de son ésotérisme, car elle est l’initiale du latin ‘’geometria’’, signifiant mesurer la Terre ; elle est l’initiale du grec gnosis signifiant Connaissance, et en hébreu l’initiale de gibor exprimant la Gloire divine. »

C’est pourquoi, nous pouvons faire trois déclinaisons de cette lettre, qui prend tout son sens dans son introduction parmi les Mystères de l’Initiation. La lettre G étant l’initiale

  • du Grand Architecte de l’Universsuprême créateur de toutes choses qui conduit, dans les religions monothéistes, à la voie du salut éternel.

En effet, l’instruction de la Réception au deuxième Grade, confirme l’essence éminemment spirituelle, voire chrétienne et rosicrucienne du Rite Ecossais Primitif, « qui s’affirme par la proclamation de la présence de Dieu Tout-Puissant en nos Assemblées, présence qui y est symbolisée par l’allumage des Lumières d’Ordre : Sagesse, Force, Beauté. Car en hébreu, Sagesse se dit Dabar, Force se dit Oz et Beauté se dit Gomer, trois termes qui, lus de droite à gauche selon la langue sacrée initiale, nous donnent le mot ‘’God’’, signifiant Dieu en la langue profane parlée en la vieille Ecosse. »  Rien ne nous interdit de rapprocher un autre mot à l’initiale commune du G à Genèse, du grec ‘’genesis’’ qui nous renvoie à la Bible pour nous rappeler le commencement de tout et la création de l’Univers. Ce nouveau et puissant symbole de la Lettre G confère alors une dimension nouvelle au Compagnon puis ensuite aux Maîtres des Grades suivants. Parce qu’ainsi qu’il est dit dans le Livre de l’Alliance ou Genèse, ‘’c’est l’alliance du feu et de l’Eau qui créa le Tout’’.

S’agissant du rapprochement de la Lettre G avec le GADLU, nous reprenons le propos de Robert Amadou (très proche de Robert Ambelain) comme suit : « La Franc-Maçonnerie est une confrérie initiatique, dont les origines historiques, las jalons inamovibles et le symbolisme méthodique tiennent à la tradition médiévale des métiers du bâtiment et la constituent en Ordre de société, au nom et à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu et qui révèle sa volonté à la lettre des Saintes Ecritures, dans la nature et dans le cœur de l’homme. Le GADLU est le nom symbolique de Dieu, et il est le symbole d’un être, d’une personne, d’une valeur. Le triple symbolisme répond à la triple exigence de la Franc-Maçonnerie : traditionnaliste, initiatique et existentialiste. »

Parallèlement, il est à observer que la lettre G, élargie à de nombreuses civilisations, rappelle l’initiale de Dieu en de multiples croyances des peuples : outre l’anglais avec God, nous trouvons Gad (en syrien), Gud (en suédois), Gott (en allemand), Godan (en danois), Got-su-ten-oo (Japon), Gannesh (chez les brahmanes).

Cette tradition médiévale des métiers du bâtiment nous renvoie directement à :

  • à l’initiale de la Géométrie, qui est une science.

Pour Platon, la beauté était la source fondamentale de la géométrie par laquelle, la Lettre G exprime la création de l’univers par Dieu, suivant les règles de l’harmonie et de la rigueur dans l’exactitude.

Pour simple information, la Franc-Maçonnerie française a retenu sept sciences (Grammaire, Rhétorique, Logique, Arithmétique science qui précède la Géométrie, Musique et Astronomie).

D’après l’œuvre, le ‘’Rameau d’Or d’Eleusis’’, Jean Etienne Marconis de Nègre (1795 – 1868) explique la création de l’Univers, selon laquelle la Géométrie serait contributive de l’équilibre entre la société des hommes (microcosme) et de l’univers (macrocosme). 

Quant à Armand Bédarride, dans son ouvrage titré la Lettre G – Initiation géométrique, il reprend plusieurs sciences, dont celle centrale de la Géométrie, pour définir le ‘’plan maçonnique’’ comme suit : « Ce plan contient un certain nombre de points de repères avec lesquels nous devons essayer de construire par voie de rapprochement et d’interprétations réciproques une doctrine générale qui a les plus grandes chances d’être celle que nos fondateurs ont eu l’intention d’y mettre pour notre instruction. » 

A mes yeux, il me parait capital, voire essentiel de retenir l’une de ses réflexions reprise ici « … dans le monde des idées et pour l’étude maçonnique qui nous occupe : réunissons les éléments que nous donnent nos traditions et nos rituels parce que nos fondateurs les y ont placés dans un but sûrement déterminé –car leur attribuer un simple caprice serait stupide–  et si nous aboutissons à un système philosophique coordonné et précis, nous pourrons dire, avec grande chance de ne pas nous tromper, que c’est celui que la Maçonnerie entend nous enseigner par les leçons de ses symboles ; qu’elle veut nous obliger à deviner et à approfondir, en vue d’une culture intellectuelle, mentale et psychique qui est sa raison d’être, nous donnant ainsi la clef de notre travail et la norme de notre pensée. »

C’est pourquoi, notre Rituelie sans exclure naturellement celle d’autres Rites, oriente ses Membres vers l’enseignement que nous donnent les Sages de l’Antiquité hormis les mythes et légendes, notamment Pythagore.  Ainsi, la Lettre G de Géométrie a fortement inspiré la Franc-Maçonnerie du XVIIe siècle, notamment en Ecosse sous couvert des Statuts de William Schaw pour marquer profondément une instruction et une interprétation appliquée à la Géométrie initiatique des bâtisseurs et des Maçons, qui ont œuvré à la réalisation des édifices royaux de la dynastie Stuart, selon ses (W.S.) prescriptions et à l’appui des Chartes de William Saint Clair de Rosslyn.  Antérieurement, la Charte d’York (an 926), dite Charte d’Athelstan est composée de plusieurs textes : introduction ou prière ; longue histoire en deux parties de l’architecture en Grande Bretagne, abrégé historique de l’art de bâtir et règlements particuliers servant de lois fondamentales aux Corporations médiévales.

  • l’initiale de la Gnose, fondement de la spiritualité, qui rend une signification ésotérique de la Connaissance, véritable enseignement des Initiés, insatiables de culture, quand ceux-ci ne renient pas l’humilité et renoncent à la vanité.

Pour aborder la Gnose, est reprise ici cette définition de Robert Ambelain :

« … la Gnose est un vaste mouvement chrétien à caractère ésotérique qui, du IIe au Ve siècles, s’opposa au christianisme exotérique. Comme tel, il prétendait expliciter le dépôt confié par le Christ aux Apôtres et aux disciples, à l’aide des philosophies et des religions antérieures ou parallèles, à caractère sotériologique (doctrine du salut de l’homme). Comme tel, c’est donc également un mouvement syncrétiste.  Cette théorie était celle de saint Paul (« je dois beaucoup aux Grecs et aux Barbares –Epître aux Romains, I.14) et de saint Augustin, lequel vantait l’excellence de la philosophie platonicienne, de Clément d’Alexandrie et de son disciple illustre Origène, lequel nous parle de son Maître hébreuLes diverses écoles gnostiques prétendaient toutes posséder des enseignements secrets, venus du Christ, confiés oralement aux Apôtres, et reprochaient à l’Eglise officielle de les dissimuler, ou plus grave encore, de les violer. »  Editions Adyar (1959)

Pour reprendre les pensées d’Origène (théologien, mystique et philosophe), nous citons ci-après un extrait de ses écrits : « Pour ceux qui ne recherchent pas ardemment l’objet de la connaissance, il se peut que cette vie ne  soit pas lumière en acte mais seulement en puissance. Il est clair en revanche, que les hommes pour qui elle est lumière en acte ne sont autres que ceux qui observent ce commandement de Paul : ‘’Aspirez aux dons supérieurs’’. Mais ce qui est plus grand que les dons, ce que tout le monde doit chercher, c’est la parole de sagesse, à laquelle succède la parole de la connaissance.  La sagesse et la connaissance ont des sens très voisins. »

Cependant, la Gnose, thème central du Rituel du quatrième Grade du REP (Maître de saint Jean, dit Maître de Loge) n’y est pas largement développée. Seules deux allusions sont reprises dans son instruction dialoguée, pour rappeler que selon la Gnose symbolisée par la Lettre G au sein de l’Etoile flamboyante, l’âme en sa montée vers le Plérôme (qui veut dire plénitude divine) doit répondre à certains critères avant de poursuivre sa route. Par la seconde, qui a trait au thème de la reconstruction du Temple du roi Salomon, il nous est révélé ce qui suit : « Ce peut être la restauration (chez l’homme) d’un Etat conforme à la Raison et à la Justice. Pour les juifs, la restauration du culte ancien en un nouveau Temple à Jérusalem. Pour les Gnostiques, la restauration de l’homme en ses particularités initiales et un une seule chorégie. »  C’est alors, que nous parlons de l’exaltation d’un Maître de Loge, et non d’une simple Elévation appliquée au dernier Grade symbolique, le Maître-Maçon.

Quant à l’enseignement secret que le Grand Maître évoque et concernant naturellement la Gnose, il est inclus dans une Probatio dite elle-aussi secrète en 11 pages et donc ainsi non divulguées dans ce Travail.

Pour Pythagore, la lettre G, inspirée du gamma grec, est l’initiale du mot Gnôsis, soit la Connaissance.  Celle-ci est en gestation permanente qui ouvre les portes de la spiritualité et d’un éveil, d’où jaillissent réflexion, émotion et ressenti, fondés sur une quête intérieure propre à l’esprit de chacun. Parce que celui qui cherche le chemin de la Connaissance progresse avec sagesse, laquelle met l’homme en lévitation au-delà de ses préoccupations triviales ou sulfureuses, pour affranchir son esprit des pires maux : l’ignorance et son avatar l’obscurantisme.

Nous citerons une nouvelle fois l’ouvrage d’Armand Bédarride, dans lequel il rappelle une définition de la Gnose : « La gnose est la connaissance morale la plus étendue, l’impulsion qui porte l’homme à apprendre toujours davantage, et qui est le principal facteur de progrès. »  Il rajoute : « Certes rien de plus utile à l’homme en général et au Maçon en particulier que d’acquérir des connaissances profanes plus complètes et plus approfondies, mais l’accroissement du bagage intellectuel, au sens scolaire et universitaire du mot, s’il est profitable à tous les hommes, n’est pas le travail spécial de la Maçonnerie : il n’en est qu’un instrument auxiliaire. La lumière maçonnique ne dédaigne pas les lumières profanes mais ne réside pas en elles. »

Du grec Gnôsis, la Connaissance est en opposition à la Mathesis, interprétation de l’essence du Savoir ou science pure, soit le Savoir. Car la Gnose, si elle est ésotérique, est avant tout initiatique. Elle met l’accent sur la question de l’origine du Mal et elle a pour but le Salut par la Connaissance. La Gnose est d’abord une méthode de ‘’discipline’’ d’ordre spirituel. Elle conduit l’Initié sur le chemin de la Lumière et de la Connaissance. C’est ainsi que les Gnostiques chrétiens, puisque c’est après le Christ que semble naître la Gnose, se référaient à Hermès Trismégiste, dont l’enseignement fut révélé par des écrits probablement rédigés entre les IIe et IIIe siècles par une secte gnostique.  On retrouve les traces de la Gnose dans les doctrines des traditions antiques, égyptiennes, zoroastriennes, orphiques et pythagoricienne.  La Gnose serait ainsi une démonstration de l’unicité de la tradition initiatique universelle à travers le christianisme, par toutes les écritures d’inspiration gnostique qui ressortent dans l’évangile de Thomas, l’évangile de Philippe, l’Apocalypse de Paul, et l’évangile de Jean.

La Gnose se porterait garante d’une lutte contre la dépendance voire la soumission à la matière mais également aux idées reçues. Les Initiés vivent inconnus dans le monde profane duquel ils se retirent, le temps des Travaux en Loge, pour se placer tels des étrangers qui ont ouvert les portes de l’Initiation, afin de satisfaire certaines valeurs morales, philosophiques et spirituelles, pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Albert Camus ‘’l’Etranger’’, dont l’auteur met en exergue le comportement gnostique de son héros.

La Connaissance est en gestation permanente chez l’Initié. Elle est la nourriture du Maçon, avide de culture, de connaissances mais aussi de savoirs, quand il détient les clés de la tolérance et de l’humilité, et excluant toute vanité. La Connaissance est simplement un réceptacle, une matrice, une empreinte dans lesquels se régénère perpétuellement la Lumière instructive de notre esprit, parce que l’Initié progresse et se projette dans les voies de la Sagesse qui lui expose d’autres racines que celles de la société profane.

Avant de fermer ce Travail, je ne peux que faire appel à Constant Chevillon (1880 1944 – parrain de Robert Ambelain), auteur d’un ouvrage ‘’La Gnose’’ publié aux Editions Traditionnelles, dont la première page est titrée ‘’Prière pour la paix’’, que nous avons reprise dans notre site Internet, duquel nous avons extrait ce qui suit :

« Dieu a donné à l’homme l’intelligence, c’est-à-dire la faculté de comprendre, d’analyser et de synthétiser, mais il ne lui a pas donné la science. Pour parvenir à la science, il faut mettre la volonté au service de l’intellect, il faut conquérir la vérité par un effort personnel. [ ….]  Le sens des écritures a dépouillé plusieurs de ses voiles. Il en reste encore à soulever ; ils tomberont un à un lorsque notre œil sera harmonisé avec une plus grande lumière.   Ainsi se crée la Gnose, de proche en proche, sous l’influx de l’Esprit qui choisit ses prophètes parmi les hommes dont la volonté sait briser les obstacles. »

Enfin, est repris ici un extrait d’un écrit de Robert Ambelain en ces termes :

« Certains Frères se sont toujours étonnés de nos conclusions en matière de ‘’Gnose Maçonnique’’, à savoir qu’en ses grades symboliques dits encore ‘’bleus’’, la Franc-Maçonnerie n’enseignait rien, quant aux traditions gnostiques classiques : préexistence des âmes, descente dans les formes charnelles, abandon du Plérôme pour le Kénône en résultant, et ensuite possible remontée vers le Plérôme. Pas davantage ces grades n’abordent l’étude des arcanes d’une possible vie posthume, simplement évoquée avec l’expression de l’éternel Orient. Et cela est vrai !  Il n’est que d’examiner le thème général de tous ces rituels, pour le constater. Ne faisons pas dire à la Maçonnerie symbolique ce qu’elle ne dit pas.

Toutefois, il est bien évident que ces arcanes sont abordés en ces hauts grades succédant aux trois premiers. Il n’est que de parcourir leurs différents rituels pour s’en convaincre. En ceux-ci nous verrons apparaître les vieilles traditions de la Gnose Alexandrine, de la Kabale juive, avec des Signes, Marches, Mots de probation, empruntes bien souvent au Taoïsme, au Tantrisme, vieilles traditions de l’Extrême-Orient.  Quant aux sciences occultes, elles figurent en bonne place en ces mêmes hauts grades, avec des rudiments d’Alchimie, de Théurgie, de Magie.  Toutes sciences parfaitement hérétiques aux yeux des théologiens du Christianisme, et l’on se demande parfois comment les Maçons se réclamant de celui-ci, peuvent concilier la pratique d’une vie sacramentelle chrétienne avec la fréquentation de pareils rites et enseignements, on ne peut plus incompatibles avec celle-ci. »

La Gnose est un vaste et complexe sujet qu’il est difficile de traiter, à moins toutefois d’être un Initié très averti, ce qui n’est pas mon cas.