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Les symboles maçonniques

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Travail ….Morceau de symbolisme

     Les symboles maçonniques

Thème      Symboles, symbolisme, symbolique
Auteur …. Elisabeth Mutel

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers,

Dans le prolongement d’une approche de la Loge symbolique et de ses Membres, il y a lieu de considérer le sujet central des symboles.

Introduction aux Symboles maçonniques

Le mot symbole vient du latin symbolus ou symbolum, mot emprunté au grec ancien σύμβολον / súmbolon, qui désigne ‘’un objet de reconnaissance’’.

         Pour les Initiés, les symboles constituent un élément substantiel de la rituélie d’un Rite et également le signe de reconnaissance entre deux personnes.

Le symbolisme repose sur un système ou une méthode par laquelle les symboles sont soit l’énoncé d’un aspect d’une croyance, soit d’une réflexion qui se révèle par des propos exprimés oralement ou dans un langage codé et agencé, selon les règles de l’écriture. Ainsi le symbolisme forme un langage universel représenté par des signes et des codes, que chacun perçoit et interprète en fonction de son entendement et de ses sensations, de sa spiritualité, de sa sensibilité et de sa conscience.

La symbolique constitue l’étude de la signification de l’ensemble des symboles propres à un thème (philosophique ou religieux, un peuple, et plus généralement la société, …), mais elle s’inscrit aussi dans la science qui explique les symboles employés dans tous les milieux sociaux, économiques et scientifiques.

Les symboles entrent dans l’enseignement théologique (étude des textes religieux toutes origines confondues) et exégétique (du mot exégèse qui signifie explication d’un texte), celui d’une école philosophique comme initiatique, qui met à contribution l’esprit du ‘’cherchant’’. Par les symboles, chacun donne une signification littérale ou objective de son sentiment. Les symboles donnent à former une gestation et une fermentation du ressenti, voire jusqu’à être la nourriture de l’esprit. Permanents dans l’Initiation, ils constituent la représentation ou la description concrète d’une idée abstraite, par un éveil progressif des sens, faisant abstraction de toute idée reçue qui prive de toute faculté d’interprétation. Ils conduisent l’Initié vers l’inexprimable qu’il parvient à exprimer, sans pour autant se limiter à la lettre plutôt qu’à l’esprit pour mieux dévoiler sa perception d’un symbole.  Par extension, le symbole ne peut être totalement expliqué, il est pour partie incommunicable, car il passe par la voie intérieure de l’être pour toucher le cœur, l’âme et l’esprit. En revanche, il est suggestif puisque chacun peut y voir ce que son raisonnement et son intuition lui dévoilent.

Le symbole prend place parmi les signes intermédiaires entre la pensée et la réalité pour interpréter l’inexprimable.

Les symboles ont toujours fait partie des usages à travers les âges, toutes les cultures et les civilisations, de l’Orient à l’Occident.  Les symboles restent un recours qui frappe l’Initié, né à la Lumière, afin d’orienter sa réflexion par une invitation à la méditation, qui l’aidera à développer ses facultés atrophiées et endormies dans la routine du quotidien. Décrypté, le symbole donne accès à un nouvel espace dans la saisie d’un contenu inépuisable, pour devenir une source d’enrichissement. Son nouvel état intérieur poussera l’Initié dans l’analyse des symboles, laquelle conditionnera son rapport avec les autres.  Les Rituels, qui s’appuient sur un usage ininterrompu des symboles, mettent directement en rapport les Maçons avec la symbolique propre à un Grade maçonnique, qui se prolongera dans les suivants, d’où l’importance de bien la saisir afin d’en mesurer la portée.

Si le langage des signes est une représentation matérielle ou physique d’une réalité figurée ou abstraite, précisément pour certains d’entre eux employés par les malentendants, il fournit un message plus ou moins précis qui est à traduire, à l’exemple des panneaux routiers et urbains, attributs vestimentaires, monnaies (telle celle de l’Euro €), étendards, blasons, sceaux, …  C’est ainsi que quelques-uns présentent une forte charge affective et sont immédiatement saisissables, à l’exemple de l’Etoile de David pour les Juifs, la croix pour les Chrétiens, le croissant de lune pour les Musulmans. Si généralement le symbolisme est présent dans de nombreux domaines culturels pour constituer un langage universel, il en est autrement des symboles initiatiques, parce que « le symbole n’impose rien, il donne à penser », écrivait Gaston Bachelard. Il se distingue du signe, d’un point de vue formel, par la pluralité de ses significations. Il est, comme disait Goethe, « une fenêtre ouverte sur le monde ». Et pour reprendre la phrase du scénariste Michelangelo Antonioni « Il suffit de garder les yeux ouverts : tout se charge de signification ».

En Franc-Maçonnerie, le symbole, par son caractère dédié à un Rite, échappe aux barrières du monde profane, dont le langage et le vocabulaire, ciblés par essence, n’expriment que rarement certaines vérités ou réalités.  Ainsi, le symbole est visionnaire, sans être pour autant devin ou magique, mais surgit dans un angle de vision, qui ouvre l’esprit du Maçon à une recherche approfondie de signification, qu’il aurait peu ou prou pressentie et sollicitée antérieurement à son Initiation. Par son cheminement, sans obstination particulière mais seulement dans une volonté récompensée par la découverte plausible d’une signification, le cherchant parvient à familiariser son esprit, rendu accessible au contenu des symboles. Carl G. Jung décrit ainsi l’approche des symboles : « Aucun symbole n’est simple, car le symbole recouvre toujours une réalité complexe, qui est tellement au-delà de toute expression verbale qu’il n’est guère possible de l’exprimer d’un seul coup. »  C’est pourquoi, nous disons ‘’se familiariser progressivement avec les symboles’’. Or, les Rituels remplissent cette fonction de substitution des mots ordinaires par des symboles. Ils sont imprégnés de symboles destinés à l’usage des Membres de la Loge, offrant alors une portée symbolique significative qui apporte un éclairage nouveau au sens propre d’une rituélie graduelle. Le cérémonial, pris en tant que support, constitue un moyen d’accéder aux mystères et aux arcanes de l’Initiation.

Parallèlement, de nombreuses sources puisées dans les Ecritures bibliques, les textes des Sages de l’antiquité, les mythes et légendes, autant que les Instructions, et les documents annexés aux Rituels, sont riches d’un enseignement et d’une culture symboliques. Il y a lieu de considérer l’Initiation au travers de son symbolisme qui blasonne l’amour du travail, seule véritable source de dignité et seul moteur d’une progression individuelle et collective. La richesse, dans la mesure où elle résulte du fruit du travail, et uniquement sous cette restriction, est un bienfait. L’Initié, s’il ne méprise pas la richesse, ne se laisse pas griser par elle et sait lui attribuer sa juste place, là où elle ne gêne pas son épanouissement spirituel et culturel.   Telle est la leçon, ou tout au moins, une des leçons à tirer du rite du dépouillement des métaux, tel que repris dans l’instruction dialoguée au Grade d’Apprenti : ‘Ni nu, ni vêtu, dépourvu de tous métaux. Dépouillé d’une partie de mes vêtements pour rappeler que la Vertu n’a point besoin d’ornements,…’’.  La Franc-Maçonnerie n’exige pas la renonciation au monde temporel. Elle prétend essentiellement affranchir l’Initié de toutes contingences profanes stériles, pour mieux lui suggérer une réflexion sur lui-même, une intériorisation. Le Néophyte s’efforcera au cours de son parcours maçonnique à réaliser un équilibre aussi harmonieux que possible entre les appréciations matérielles et les valeurs spirituelles.

Pour cerner le symbole en quelques phrases, nous faisons référence à Jean-Pierre Bayard :

« Le symbole ne peut être enfermé dans une définition rigoureuse de mots au cadre précis ; il doit être ressenti par chacun, comme le miroir de ce que nous possédons en nous ; il est un outil qui permet d’approfondir notre recherche de la connaissance. Le symbole n’est pas sacré en lui-même mais, par les références qu’il suggère, il conduit à la sacralisation de ce qu’il représente.  Le symbole expression du sacré, est un langage universel, une communication spirituelle établissant les relations entre tous êtres humains, de chaque époque et de tous les lieux de la terre. []  Il réalise l’harmonie entre toutes les contradictions et comble toutes les différences. »

         Relevant parfois des effets heureux comme désastreux d’une situation, le symbole peut se révéler être une dualité entre le bien et le mal, le bonheur et le malheur, l’obscurité (les ténèbres) et la clarté (la lumière),… comme il peut en résulter une suite positive ou négative, telle que l’eau (premier élément de la cérémonie d’Initiation) qui lave et purifie, mais peut générer un déluge, recouvrir un espace et provoquer une inondation ; le soleil qui apporte lumière, chaleur et croissance comme brûler une récolte, consumer et détruire ; d’où la coïncidence des opposés.

Sans ambivalence, il y a lieu de rappeler le titre donné aux Loges travaillant aux trois premiers Grades, qui sont qualifiés de symboliques, tout comme les Loges de saint Jean dites également symboliques.

La symbolique maçonnique se présente sous divers aspects : verbaux (dont les Mots de passe, Mots sacrés,…), gestuels (mise à l’Ordre, Signes et Attouchements, la marche d’un Grade,…), temporels (heures de travail, cycle solaire et lunaire, datation des documents, …), vestimentaires (Tabliers, Sautoirs, jusqu’aux Bijoux,…). Les Rituels font usage de la symbolique des Nombres et de leurs dérivés, la symbolique des Outils, celle des éléments et des décors constitutifs du Temple, etc…

A titre d’exemples, sont abordées ci-après la symbolique des Bijoux des Officiers, et également la symbolique des couleurs au REP.

S’agissant des Bijoux des Maîtres du Collège d’Officiers,

de couleur or, suspendus à la pointe des Sautoirs, ils sont le rappel de leur Charge :

  • celui de l’Orateur représente un livre ouvert, qui n’est point la Bible. L’Orateur est le dépositaire des Constitutions, Statuts et Règlements Généraux figurés par le Livre de la Loi, dont il veille à leur stricte application.
  • celui du Secrétaire porte deux plumes entrecroisées, dont une est attribuée au Vénérable, au titre de sa gouvernance de la Loge, l’autre au Secrétaire pour signifier qu’il est ‘’le directeur des Registres de la Loge, dont il est la mémoire.’’ Les plumes traduisent l’écriture de tous les documents officiels, garants de la régularité des Travaux, par lesquels sont certifiés les actes produits lors des Cérémonies.
  • celui du Trésorier des Pauvres affiche deux clés entrecroisées et comme pour le Bijou du Secrétaire, elles sont deux, l’une lui appartient en propre, l’autre est détenue par le Vénérable. Ces clés incarnent la fonction de protection du Trésor octroyée à cet Officier. Il est le cœur de la Loge, au titre de sa charge cumulée à celle d’Hospitalier.
  • L’origine des Surveillants est opérative et ancienne parce qu’associés aux Colonnes de la Loge. Le  Premier Surveillant, dit aussi Surveillant ancien et deuxième Maillet de la Loge est chargé de l’Instruction des Compagnons. Son Bijou d’Office porte un Niveau ; au plan cosmique, il correspond à Mars, dont la rigueur et la force doivent être inflexibles.
  • Le Second Surveillant, dit aussi « Surveillant nouveau », est le troisième Maillet de la Loge. Chargé de l’Instruction des Apprentis, son Bijou d’Office porte une Perpendiculaire (souvent appelée à tort fil à plomb).
  • celui du Frère Terrible représente un Glaive, lame verticale pointe basse, symbole de sa vigilance et de sa détermination à protéger le Temple. Au plan cosmique, il est associé à Pluton, gardien des lieux sombres où sont forgés les métaux.
  • celui du Maître des Cérémonies comprend deux épées entrecroisées à l’oblique, pointes dirigées vers la Terre (matière et temporel), la garde vers les Cieux (spiritualité et intemporel), séparées d’une canne verticale qui relie ce qui est en-haut à ce qui est en-bas. On peut donner une autre signification aux deux épées entrecroisées du bijou, dont l’une appartiendrait au Vénérable (telle l’une des clefs du Bijou du Trésorier et des plumes du Bijou du Secrétaire) pour figurer le commandement, et la seconde au Maître des Cérémonies chargé de l’ordonnancement des Travaux en Loge.

Quant à la symbolique de la couleur rouge

et précisément du rouge ponceau (rappel de l’Ecosse), cette couleur est emblématique du Rite Ecossais Primitif. Couleur du feu et du sang, le rouge est considéré comme le symbole fondamental du principe de vie avec sa force, son éclat, et sa puissance. Attribut de Mars, dieu de la guerre, le rouge offre une couleur brûlante et violente. Elle est débordante d’une vie ardente et animée. Van Gogh écrivait : « J’ai tenté d’exprimer les terribles passions humaines par le rouge et le vert ».  Rouge et vert sont les couleurs dominantes respectivement de l’Ecosse et de l’Irlande.

Dans l’antiquité égyptienne, le rouge est la couleur des robes de prêtresse d’Hathor, déesse de la musique, de l’amour et de la danse ; et chez les grecs, pour qui cette couleur signifie ‘’l’amour sanctificateur’’, ainsi que l’innocence et la virginité.  Tout comme en Inde ancienne, avec Vishnu pour représenter l’amour divin habillé de pourpre.  Tandis qu’à Rome, les généraux, les centurions et leur bouclier rouge, les praticiens et empereurs, étaient tous revêtus de rouge. A Constantinople, le code justinien des lois romaines condamnait tout vendeur ou acheteur de tissu pourpre réservé aux empereurs. Pour leur couronnement, les rois portaient le manteau rouge pourpre.  Au Moyen-âge, les prêtres étaient vêtus de rouge ; il en reste la soutane des cardinaux (la ‘’capa magna’’). En cas de maladie, un ruban rouge autour du cou préservait de la peste. Au Pays de Galles, la flammèche rouge était censée lutter contre la fièvre et les rhumatismes.

De nos jours, outre les célébrations publiques à l’occasion desquelles un tapis rouge est déroulé dans l’espace public, les cardinaux ont conservé une large ceinture rouge sur une soutane noire.  Pour l’Eglise catholique, le rouge est la couleur de l’Esprit, et celle de certains apôtres et martyrs, afin de cristalliser le souvenir du sang versé par le Christ. Dans le rite catholique gallican, Sainte Jeanne d’Arc et les Saints Innocents sont fêtés en rouge (en blanc dans le rite catholique romain).  La culture de la garance, plante qui sert à teindre les draps et tissus en rouge, a eu une importance essentielle au Moyen-âge et encore au début du XXe siècle. Le poids de l’agitation sociale motiva le choix du gouvernement français pour l’uniforme des pantalons garnis de rouge. Cette couleur est reprise pour la ceinture des zouaves des unités françaises d’Infanterie.  Au Japon, les conscrits portent une ceinture rouge le jour de leur départ, en témoignage de leur fidélité à la patrie. En Chine et au Japon, le rouge est bénéfique. Donneur de vie, il éloigne les démons, d’où les portes rouges des enceintes des temples shintoïstes et des portes d’entrée des habitations. Il est la couleur des palanquins transportant les mariés.  Un ruban rouge autour du poignet porte chance et protège des mauvais esprits.

         L’utilisation de cette couleur est constante : le rouge éclatant, centrifuge, est diurne, mâle, tonique, incitatif à l’action, tandis que le rouge sombre est nocturne, femelle, secret et centripète.  L’un entraîne, encourage, provoque, c’est le rouge des drapeaux, des enseignes, des affiches publicitaires, … l’autre alerte, retient, incite à la vigilance jusqu’à prévenir d’un possible danger. C’est le rouge des feux de circulation routière, l’ampoule rouge interdisant un accès hospitalier ou encore réservé à un espace protégé. Cette couleur s’applique à certains matériels pour constituer un signal d’alarme ou de dysfonctionnement. Le rouge est matriciel : le nom de la mer Rouge relève de ce symbole, représentant le ventre où vie et mort se succèdent et se transmettent l’une l’autre.  Pour les alchimistes, il est la régénération, ‘’l’œuvre au rouge’’, qui produit l’homme universel. Il est aussi la couleur de la science et de la connaissance ésotérique.  En héraldique, rouge ‘’de gueule’’ se rapporte à la férocité et au combat ; au courage officialisé par la couleur de la médaille de la Légion d’Honneur reprise d’après l’ancienne croix du roi Saint Louis.

         Au Rite Ecossais Primitif, le rouge (Ponceau) est constant dès les deux premiers Grades par la couleur des bougies, des draps qui recouvrent les plateaux, des Sautoirs et des Cordons. A partir du troisième Grade, les Tabliers sont bordés de rouge, tout comme tous les sceaux des Loges de l’Ordre du REP.

(Travail déposé sur le site en octobre 2023)