Accueil » Les chroniques écossoises » La situation en Irlande

La situation en Irlande

 

      Les chroniques écossoises du REP      

introchroni
 Titre

La situation en Irlande

 Source 

Hugues Berton et Christell Imbert

Ouvrage : Les Enfants de Salomon

 Approches historiques et rituelles – Editions Dervy, juillet 2015

La situation en Irlande

Dans une Irlande qui s’avère être une colonie anglaise depuis le XVIe siècle, des anglais de confession anglicane se réunissent en loge notamment à Dublin. Une Grande Loge d’Irlande semble y exister, au moins à partir de 1725, et la Constitution dite de Pennel est publiée en 1730, décrivant un système en trois grades : apprentis, compagnons et maîtres.   

      Ce système en trois grades n’apparaîtra qu’en 1738 dans la seconde édition des Constitutions de la Grande Loge Anglaise.

Le 11 juillet 1688, John Jones, étudiant au Trinity College prononce un Tripos (trépied), discours satirique en trois actes lors de la remise annuelle de diplômes, discours qui lui vaudra une suspension temporaire de ses droits universitaires.  Il y décrit les travers des enseignants, administrateurs et personnel du College. Dans l’acte II, Jones fait mention de la loge de l’université en ces termes : « Il a été récemment ordonné que pour l’honneur et la dignité de l’Université, il y devrait être présenté une société de Francs-Maçons, composée de gentlemen, mécaniciens, bagagistes, pasteurs, chiffonniers, revendeurs, théologiens, étameurs ambulants, chevaliers, enseignants, maîtres, tailleurs, médecins, …….  qui devront être liés ensemble par un serment de ne jamais révéler leur puissant non-secret (their mighty no-secret) ; et pour soulager quelques frères affligés de flânerie qu’ils rencontrent, d’après l’exemple de la fraternité de Francs-Maçons du Trinity College, pour qui on a récemment fait une collecte et rempli substantiellement la caisse de charité, à destination d’un frère indigent, pour avoir été franc-maçonnisé selon la nouvelle manière. »  Jones fait ensuite mention de la prise de main (grasp), de la réception d’une marque (signum – Freemason’s Mark) et termine son discours en mesurant les risques qu’il a pris de parodier les us et coutume du College.  […] « Mais ce qui rend ma calamité plus insupportable,  et me lassera de votre compagnie, est que, lors de toutes mes tribulations, vous n’avez rien fait d’autre que de rire de moi, et c’est pourquoi je vous donne congé. »

Les Loges irlandaises ont-elles développé un système de rite maçonnique spécifique ?  Le fait est que les troubles de 1746 en Irlande provoquent une émigration massive des Anglo-irlandais qui rentrent en Angleterre. Les Maçons de ces deux Maçonneries (‘’anglo-irlandaise’’ et ‘’anglo-écossaise’’) se rencontrent et la confrontation ne se fait pas attendre.  Des maçons venus d’Irlande, dont Laurence Dermott, créent un Grand Comité en 1751 qui prend en 1753 le nom de Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons selon la Vieille institution, qui se prévalent du titre d’Anciens, par opposition aux Modernes, maçons anglais ayant institué depuis 1717 la première Grande Loge de Londres.

Laurence Dermott rédige en 1756 Ahiman Rezon, ouvrage où il expose les principes et les rituels de la Maçonnerie des Anciens.  Les reproches, à tort ou à raison, faits par Dermott à l’égard des Modernes sont les suivants :

  • préparer les candidats de manière incorrecte : ceci concerne ‘’ni nu, ni vêtu’’
  • abréger les cérémonies
  • supprimer les lectures (histoires mythiques)
  • supprimer la lecture des anciennes charges aux initiés
  • supprimer les prières
  • transposer les signes de reconnaissance entre le premier et le deuxième degré
  • utiliser un Mot de Maître (maçon) incorrect
  • inclure les signes manuels et des mots de passe dans l’actuelle cérémonie au lieu d’en faire un préliminaire
  • déchristianiser le rituel
  • ignorer les fêtes des saints, celles de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Jean- l’Evangéliste
  • disposer la loge de manière incorrecte
  • négliger la cérémonie ésotérique de l’installation du Maître

La divulgation Three Dinstinct Knocks 1760 (TDK)  présente de manière détaillée le rituel irlandais des Anciens. Si l’on compare ce texte avec Masonry Dissected (MD), des différences notables apparaissent :

  • la position des surveillants, à l’Occident dans MD, plein ouest et plein sud dans TDK
  • la position des trois chandeliers, deux à l’orient, un à l’occident, représentant le Soleil, la Lune et le Maître de la loge (les trois grandes lumières) dans MD, deux à l’occident et un à l’orient, associés aux deux surveillant et au Maître de la Loge ainsi qu’aux trois vertus, Sagesse, Force et Beauté dans TDK. Dans ce dernier texte, les trois grandes lumières sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas
  • les mots sacrés (J et B) sont communiqués conjointement et pour la première fois épelés dès le premier grade dans MD, alors qu’ils sont séparés dans TDK, B étant attribué aux compagnons et J aux compagnons.

[…]

En pleine guerre napoléonienne, la réunion en décembre 1813 des membres des deux Grandes Loges rivales permet la fondation de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Les rituels en Angleterre furent standardisés peu à peu sous leur forme définitive de 1769 à 1813 (Union des Anciens et des Modernes) et ne furent définitivement fixés qu’en 1827, en intégrant une bonne partie des usages des Anciens.

En France, le rite anglo-écossais est introduit à Paris à partir de 1725, et la loge Saint-Tomas au Louis-d’Argent reçoit une patente officielle de la Grande Loge de Londres en 1732. Une autre loge, Aubigny-Richmond, tient tenue en 1734 en présence de Jean-Théophile Desaguliers. C’est ce rite qui donne naissance au rite dit français, dont on trouve les prémices dans la divulgation du lieutenant de police René Hérault, Réception d’un Frey-Maçon, publiée à Paris en 1737.  Ce n’est qu’en 1804 que la structure des grades bleus ou symboliques est intégrée au REAA et apparaît avec la publication du Guide du Maçon Ecossais, ou Cahier des trois grades Symboliques du Rite Ancien et Accepté. Si le Rite Français, issu de l’ancien rite des Modernes, reste un rite d’origine chrétienne, des systèmes symboliques différents se mettent en place avec une diffusion plus ou moins variable selon les régimes politiques des pays ; de plus, s’ajoutent spécifiquement en France des questionnements politiques, philosophiques et religieux qui donneront une orientation spécifique à l’évolution intellectuelle des loges françaises.