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Le palais d’Holyrood (Ecosse)

   Les chroniques écossoises du REP

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 Titre

   Le Palais d’Holyrood (Ecosse)          

 Auteur

François Billaut

Source

   Revue ‘’Histoire du Monde’’

   Septembre 2017

À la sortie d’Édimbourg, se dresse Holyrood, la demeure ancestrale des rois d’Écosse – qu’il ne faut pas confondre avec le château d’Édimbourg. Ses sombres et puissantes murailles ont protégé les Stuarts de leurs ennemis, quand elles n’ont pas caché leurs propres forfaits.  À l’extrémité Est du Royal Mile, l’artère historique de la capitale, se dresse le palais d’Holyrood.

Jacques IV décide de bâtir un palais pour son épouse, Margaret Tudor

Holyrood, pendant écossais du palais de Saint James, construit par les Tudors à Londres, n’a pas grand-chose à voir en termes de faste avec le palais de Buckingham. L’abbaye, dont les ruines se dressent au nord, a été fondée en 1128 par David Ier d’Écosse, de la Maison de Dunkeld, ancêtre d’Élisabeth II à la vingt-huitième génération. Le roi, sauvé de la charge d’un cerf par une croix, miraculeusement descendue d’un nuage d’argent, aurait donné au site son nom d’Holyrood, "sainte croix" en vieil écossais.

Construit dans les années 1530, Holyroodhouse est le pendant écossais du palais de Saint James, construit par les Tudors à Londres. Universal History Archive/UIG via Getty Images

En 1501, son lointain successeur Jacques IV, de la Maison Stuart, décide, en ce lieu béni, de bâtir un palais pour son épouse, la reine Margaret Tudor, sœur d’Henry VIII, le "Barbe-bleu" anglais. Seul un fragment du corps de garde subsiste de ce premier bâtiment médiéval, achevé, entre 1528 et 1536, par son fils Jacques V pour y vivre avec son épouse Marie de Lorraine-Guise.

De ce souverain, date le premier "épisode sanglant" d’Holyrood. Le roi Jacques, qui n’a pas pardonné à Archibald Douglas, comte d’Angus, deuxième époux de sa mère, la reine régente Margaret, la quasi-réclusion dans laquelle il l’a maintenu enfant, étend sa haine à toute la famille de ce dernier. En 1537, il accuse de "haute trahison et sorcellerie" la sœur de son beau-père, Janet Doublas, lady Glamis, une aïeule de Queen Mum. La malheureuse sera emprisonnée dans le donjon du château d’Édimbourg, avant d’être brûlée vive sur l’esplanade du château.

A Holyrood, la violence de la Cour d’Écosse atteint des sommets

Sous le règne tourmenté de Marie Ire Stuart, fille unique de Jacques V et de Marie de Lorraine-Guise, la violence de la Cour d’Écosse atteint des sommets. En 1565, la jeune reine, veuve du roi de France François II, épouse en secondes noces son cousin Henry Stuart, lord Darnley.

Un roi consort de belle prestance mais qui se révèle vite volage, alcoolique et violent. La reine, enceinte de sept mois de leur unique enfant, le futur Jacques VI, se console des infidélités de son époux auprès de ses amis, tous chanteurs accomplis, dont son secrétaire privé et confident David Rizzio, un aristocrate piémontais, musicien et lettré.

Au soir du 9 mars 1566, jaloux de l’influence de Rizzio, Darnley s’introduit au palais où la reine dîne en compagnie de ses favoris. Malgré les protestations de Marie Stuart, Rizzio son protégé, traîné dans la Salle d’Audience, est poignardé à cinquante-six reprises sous le regard horrifié de la souveraine menacée d’une arme par son propre mari. Une tache de sang, indélébile, marque toujours les dalles à l’endroit du crime.  Moins d’un an plus tard, le 10 février 1567, le roi consort perd à son tour la vie, probablement étranglé sur ordre de James Hepburn, comte de Bothwell, qui, trois mois plus tard dans la salle du Conseil, devient le troisième mari de la reine. C’en est trop pour les grands seigneurs écossais qui forcent, en juillet de la même année, Marie Ire à abdiquer en faveur de son fils d’un an, Jacques VI.

La malheureuse reine d’Écosse, retenue prisonnière en Angleterre où elle est venue se mettre sous la protection d’Elizabeth Ire, sera finalement décapitée sur ordre de sa cousine au terme de dix-huit années de réclusion. Son fantôme, sous la forme d’une "dame blanche", hanterait la tour nord-ouest de Holyrood, conservée en son état sur ordre de George IV, qui déclara "… sacrés les appartements de la reine d’Écosse, et dignes d’être préservés de toute altération" durant la campagne de rénovations, de 1824.  Une autre revenante, Agnès la Chauve, déambulerait, elle aussi, dans le plus simple appareil, au long des couloirs du palais. De son vrai nom Agnès Sampson, guérisseuse et accoucheuse réputée du pays de Keith, est suspectée d’avoir usé de "magie noire" afin de "déchaîner les tempêtes et réveiller les démons" pour naufrager la nef royale ramenant Jacques VI et Anne de Danemark que le souverain vient d’épouser à Copenhague.  Principale victime de cette chasse aux sorcières, dont les 2.000 procès sont consignés aux Archives d’Écosse, Agnès est interrogée par le roi en personne, à Holyrood. La "bride des sorcières", une lanière de cuir, aux griffes d’acier acérées, positionnée sur la langue et les joues de la victime, aura raison de sa résistance. Agnès Sampson reconnaîtra les 53 chefs d’accusation retenus contre elle avant d’être dénudée, tondue, garrottée et brûlée.

Après l’avènement de Jacques VI au trône d’Angleterre, en 1603, Holyrood n’est plus que très épisodiquement occupé. Son fils Charles Ier y est encore couronné roi d’Écosse, en 1633, mais l’antique demeure est incendiée après son exécution et l’instauration de la République, par Oliver Cromwell.

Charles II restaure la monarchie, en 1660, et commande à son architecte William Bruce, le bâtiment en forme de quadrilatère que nous connaissons aujourd’hui. Les nouveaux appartements royaux comprennent la salle à manger, la salle du trône, l’antichambre, la chambre privée et la chambre du roi.  En 1796, Holyrood sert de résidence d’exil au comte d’Artois, frère de Louis XVI, qui, devenu Charles X, roi de France, y séjournera à nouveau après son abdication de 1830. George IV, de la dynastie de Hanovre, est le premier des souverains britanniques à se préoccuper réellement de l’état du palais qu’il sauve de la ruine.

Sa nièce la reine Victoria, passionnée comme lui par l’Écosse, son peuple et ses coutumes, partage son intérêt. Elle réside régulièrement à Édimbourg, avant ses séjours à Balmoral, son château des Highlands. Les meubles de style géorgien sont restaurés, complétés par le mobilier personnel du prince consort Albert, rapporté de Cobourg, et des tapisseries de Bruxelles sont envoyées de Buckingham, dont la série des Quatre Continents qui orne encore le salon du Soir.

Aux cimaises de la Grande galerie sont fixés les portraits de Jacques VI par Paul van Somer, de lord Darnley et son frère attribué à Hans Eworth, Henry VII et sa famille…  Collection qui enrichi par Elisabeth II avec l’acquisition du Bonnie Prince Charlie – le Jeune prétendant –, et de son frère le cardinal d’York par Louis Gabriel Blanchet, en 1966, comme par l’extraordinaire série de 99 peintures Les Rois d’Écosse, de Jacob de Wet, d’un ensemble original de 111 toiles, devenues en 1986 propriété de la Royal Collection.