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Dossier n° 7 – L’initiation des femmes

Thème : L'entrée des femmes en Franc-Maçonnerie  –  Initiation et mixité

CO

Auteur :  Exposé présenté par Elisabeth Mutel

Mis en ligne en août 2023

 

Cet exposé constitue une étude qui ne présente aucune position propre à l’Ordre du REP.

Le thème est complexe et sensible au regard des deux questions concernant la femme en Franc-Maçonnerie, telles qu’elles figuraient au programme des sujets du Convent annuel du GODF, à Lyon en septembre 2009. Pour mémoire, le GODF est toujours en France l’Obédience la plus importante par le nombre de ses Membres et de ses Loges et Ateliers, mais par ailleurs la plus ancienne.

Deux questions à l’ordre du jour ont fourni chacune un résultat négatif comme suit :

  • 56 % des Loges ont marqué un désaveu, si ce n’est une censure contre l’Initiation des femmes
  • 59 % des Loges ont rejeté l’introduction de la mixité au sein du Grand Orient de France.

Ces résultats négatifs cachent cependant une progression de la cause féminine au sein de cette Obédience depuis quelques décennies.

La controverse concernant l’acceptation des femmes dans l’Institution maçonnique est ancienne puisque les Constitutions d’Anderson s’y opposaient déjà à l’époque d’une façon très nette. Néanmoins, l’appartenance maçonnique des femmes est désormais une réalité, à l’origine modeste et relativement ancienne, pendant que cette tendance continue à prendre de plus en plus d’ampleur.  C’est probablement parce qu’elle reflète l’évolution de la position de la femme dans la société moderne, mais également dans la sphère professionnelle.  D’autres facteurs se sont greffés sur cette question de la féminité, celui du besoin humain de répondre d’une manière différente et plus intime aux attentes individuelles et intérieures pour une meilleure connaissance de soi et vers la découverte du sens de la vie. Dans la suite logique de ce mouvement, la F:.M:. pourrait bien offrir diverses options de cheminement de son cru en réponse à des différences de nature personnelle et d’éducation reçue.

En première approche, il y a lieu de rappeler les indices historiques d’une introduction de la femme dans le cercle maçonnique, et dans une seconde partie, les divers points de vue qui s’opposent, quant à la légitimité d’une telle appartenance.  Enfin, pour compléter ce dossier, il convient d’aborder la question épineuse de la mixité en F:.M:. et de mettre l’accent sur un développement avec confiance et optimisme, même si certaines voix pourraient objecter que le rédacteur de ce travail est une femme.

I. – Historique de la présence des femmes en Franc-Maçonnerie

La consultation des principaux textes connus des Old Charges et autres textes anciens révèlent très peu d’indices de l’éventuelle participation de femmes au métier de la Maçonnerie. Les Membres de ce métier sont ceux que certains nomment les Operative Masons, malgré certaines remarques à rappeler sur cette terminologie. Des passages de quelques-uns de ces anciens textes laissent cependant planer un doute, notamment certains extraits du Regius Manuscript, (le plus ancien manuscrit connu), document qui date d’environ 1390 :

  • Lignes 40 à 42 : “In that honest craft to be perfect ; and so each one shall teach the other, and love together as sister and brother.“
  • Article 10 : “The tenth article is for to know. Among the craft, to high and low, there shall no master supplant another, but be together as sister and brother.”

En effet, nous pouvons relever la trace documentaire historique d’une femme maçonne en charge de la sculpture du porche d’une des tours de la cathédrale de Strasbourg, dont les travaux commencèrent en 1277, sous la supervision du Maître d’œuvre Erwin de Steinbach et de sa fille Sabina, habile maçonne, qui exécuta cette partie du travail.

Dans les règlements de la Guilde du Corpus Christi à York, il est inscrit en 1408 qu’un Apprenti dut jurer d’obéir ‘’au Maître ou à la Dame’’ ou à tout autre Franc-Maçon (Freemason).

Des femmes étaient inscrites dans les registres de la ‘’Masons’Company’’ de Londres au XVIIe siècle, comme étant non opératives. La plupart des historiens sont d’avis qu’à cette époque ‘’non-opérative’’ voulait dire non impliqué dans le travail physique. Aussi pour satisfaire et répondre à la bonne exécution des commandes de travaux reçues, les intervenants ne correspondaient pas forcément à ce que nous appelons, depuis plusieurs siècles, des Maçons spéculatifs.  De telles femmes étaient nommées ‘’Dames’’ pour les distinguer des Maîtres Maçons du métier.  Margaret Wild, la veuve d’un Maçon, était l’une d’elles et devint membre de la Mason’Company en 1663.  A noter que Robert Amadou précise, qu’à partir des plus anciens registres de cette Company, dès 1619-1620 il y aurait des indices de l’existence d’une Loge ‘’Acception’’ à laquelle auraient appartenu des gens étrangers au métier.

La place manque ici pour préciser les nombreux indices en faveur de l’existence d’une participation de femmes à la maçonnerie, à Paris, à Norwich comme ailleurs. Il ressort de l’examen de ces textes anciens que jusqu’à Anderson, s’il y a eu réellement appartenance de femmes à la Maçonnerie, cela semble n’avoir été qu’exceptionnel et dans un nombre très limité de Loges.  Sans quitter totalement le domaine de la maçonnerie, dite du métier (craft en anglais), il y a lieu de ne pas ignorer une correspondance, côté français, avec le compagnonnage, anciennement appelé le ‘’Devoir’’. Alors que le Compagnonnage n’entre pas dans la voie de l’Initiation maçonnique, il est historiquement né de scissions au sein d’anciennes Confréries de métiers, confréries qui étaient supervisées par des Maîtres du métier.  Parmi les plus prestigieuses de ces Confréries de métiers étaient celles des métiers liés à la construction d’édifices, et notamment celle des Tailleurs de pierre, des ‘’massons’’, des charpentiers, des menuisiers. Or dans plusieurs rites compagnonniques, associés à ces métiers, existe l’institution de ‘’la Mère’’ (Mother), qui se place dans un contexte rituelique particulier attaché aux Rites, donc aux devoirs et aux droits la concernant.  La trace documentaire la plus ancienne de cette Institution remonte à 1540. A l’origine, le rattachement de la Mère à l’organisation se faisait par acceptation (acception), puis plus tard il se fera par réception (entry, reception).  Source : François Icher, Dictionnaire du Compagnonnage.

S’agissant de la conception andersonienne, l’article III de ces Constitutions confirme que les Membres d’une Loge ‘’…. doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres et d’âge mûr et discrets, ni serfs, ni femmes, ni hommes immoraux et scandaleux, mais de bonne réputation.’’

Concernant les femmes, que s’est-il passé dans la Franc-Maçonnerie postérieurement à la période d’Anderson ?    Des initiations de femmes eurent lieu en France dans les Loges dites d’adoption, créées à l’initiative de plusieurs Frères dès 1740 et fréquentées surtout par des dames de haute noblesse (Louise-Marie. Bathilde d’Orléans duchesse de Bourbon, la princesse de Lamballe, Joséphine de Beauharnais, …). Nous connaissons tous celle dite ‘’la première femme franc-maçonne’’, Elisabeth Saint Leger, qui fut initiée à moins de vingt ans dans les années 1710, à la suite de sa découverte dans la maison familiale d’une Tenue maçonnique qui lui a permis d’entendre des secrets et débats des participants aux Travaux. Surprise par les Frères, ils décidèrent de l’initier afin qu’elle jure de garder les Secrets de la Franc-Maçonnerie.  D'aucuns pourront naturellement affirmer que cette Initiation est purement accidentelle, et c'est en effet le cas. Au Rite Ecossais Primitif, quelques femmes ayant des attaches avec les rois Stuart se sont impliquées en Franc-Maçonnerie, dont Louise de Penancoët de Keroual, duchesse de Portsmouth et d’Aubigny.

Les Rituels étaient différents de ceux traditionnels, et il y eut même des créations d’ordres androgynes, ancêtres de la mixité, comme l’Ordre de la Félicité à l’Orient de Dieppe formé par de grands seigneurs. Son symbolisme était emprunté à la marine. Certains de ces Ordres furent rassemblés sous l’égide du Grand Orient de France, où Frères et Sœurs procédaient parfois à tes Tenues communes. Après la Révolution, ces Loges d’adoption ressurgissent sous l’Empire. Il convient de relever les interventions de Cagliostro (Joseph Balsamo) pour associer la femme à son projet de ‘’vraie Maçonnerie’’, c’est-à-dire ‘’la sienne’’, la Maçonnerie dite égyptienne.  Des Ordres similaires à ceux d’adoption, aux Rituels non vraiment maçonniques, furent également créés dans d’autres pays, tel ‘’l’Eastern Star’ aux Etats-Unis, fondé à Boston en 1850. Cet Ordre toujours actif et bien portant a été mixte dès sa création.

En France, en 1882, une Loge ayant quitté pour l’occasion la Grande Loge Symbolique écossaise, initiera Maria Deraismes, journaliste et militante féministe. Cette dernière fonda par la suite avec le Frère Médecin Georges Martin la Fédération mixte internationale sous le titre ‘’Le Droit Humain’’.  Et n’oublions pas Louise Michel qui a consacré toute sa vie à une lutte acharnée contre la misère humaine et les inégalités,  et tant d’autres qui ont œuvré au sein de la longue Chaine fraternelle au même titre que les hommes.

Nous connaissons ensuite l’essor qu’ont pris progressivement la Maçonnerie mixte et une Maçonnerie purement féminine, née du réveil de Loges d’adoption par la Grande Loge de France au début du XXe siècle. En effet, cette initiative donnera la constitution en 1945, de l’Union Maçonnique Féminine de France qui deviendra par la suite la Grande Loge Féminine de France, laquelle abandonnera le rite d’adoption en 1959 au profit du REAA.

II. – Divergences de points de vue concernant l’initiation maçonnique des femmes

Les principaux arguments invoqués contre l’acceptation et l’appartenance de femmes à la Franc-Maçonnerie sont les suivants :

  • Il ressort clairement dans les Constitutions d’Anderson que les femmes ne peuvent pas être Franc-Maçonnes
  • Les femmes ne pourraient pas être Franc-Maçonnes parce qu’elles ne l’auraient jamais été
  • Les femmes ne l’auraient jamais été parce que le métier de maçon n’est pas un métier de femme
  • L’initiation qui serait transmise aux femmes par des Francs-Maçons (hommes) ne serait pas valable puisque ladite transmission serait effectuée selon un symbolisme basé sur le métier de la construction et que, par nature, cela n’est pas un métier de femme, dont elles ne pourront ni recevoir, ni retirer aucun bénéfice de la réception et de la perception de ce symbolisme, lequel s’inscrit dans la gestuelle, les mots, les Tableaux de Loge, les décors et autres
  • Ou encore, la transmission d’une telle Initiation à une femme serait purement et simplement non valide au plan technique. Point de vue technique qui pourrait être envisagé sous un angle se rapprochant du cas de l’ordination des prêtres, c’est-à-dire de la filiation apostolique. Donc, sur de telles bases, la transmission ne fonctionnerait tout simplement pas et ne pourrait jamais être active. Dès lors, à quoi bon une telle pratique pour les femmes ?

Voilà autour de quels arguments s’affrontent les principaux obstacles à l’Initiation maçonnique des femmes. Ces arguments reposent sur des fondements bien évidemment non recevables pour certains et pour d'autres entendables. Ils supposent que la Franc-Maçonnerie est monolithique, pour être assimilée au seul métier corporatif du maçon, tout en renvoyant à une source purement ‘’opérative’’, terme pris ici encore dans le sens du métier. Or, les historiens compétents qui ont étudié les textes d’anciens manuscrits, tels les Old Charges, sont majoritairement d’avis que ces textes ont été préparés et rédigés par des clercs religieux ou éventuellement des personnes instruites versées dans les écritures, et qui ne pouvaient pas avoir été de simples Tailleurs de pierre ou de sculpteurs. Par ailleurs, il est très probable que la plupart des anciennes Loges de Maçons dits opératifs étaient impliqués dans une spiritualité à caractère religieux, qui diffère de l’Initiation maçonnique dont nous avons héritée.

On sait que les Maçons de métier étaient souvent, quoique pas systématiquement, voyageurs ; situation que les femmes n’auraient probablement pas acceptée et que la société n’aurait pas davantage admise, à l’exception des religieuses appartenant à certains Ordres monastiques. Pour le cas de Maçons purement laïques et voyageurs, une mixité aurait inévitablement soulevé des oppositions morales et religieuses. Ceci est la raison la plus probable, même inavouée, de l’image véhiculée d’une Maçonnerie exclusivement masculine dès les origines. Cette image dispense de traiter ouvertement de la question des risques liés à l’attraction entre homme et femme.  Il y aurait eu alors des craintes de suspicion ou d’accusation, quant à une ou des participations à des cérémonies secrètes pouvant susciter des soupçons justifiés ou non de conduite immorale, impliquant inévitablement des relations sexuelles.

Sur le continent, le Chevalier de Ramsay, dans son célèbre discours maçonnique de 1736, évoque la même barrière comme un ‘’landmark’’, mais en fait moins une question de principe que de protection de ‘’la pureté de nos maximes et de nos mœurs’’ (sic). Il ajoute :

« Si le sexe est banni, qu’il n’en ait point d’alarmes,

Ce n’est point un outrage à sa fidélité ;

Mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes,

Ne produise l’oubli de la fraternité.

Noms de Frère et d’Ami seroient de faibles armes

Pour garantir les cœurs de la rivalité. »

D’autres pistes en faveur des femmes ayant appartenu à la Maçonnerie ou la Franc-Maçonnerie ne sont pas à écarter. L’une d’elles passe par un élargissement de la conception de la voie initiatique qui présente des cas de présence féminine dès avant la période andersonienne.

III. – L’épineuse question de la mixité en Franc-Maçonnerie

Doit-on considérer l’initiation maçonnique et ses étapes successives dans le même esprit que celui d’un sacrement, si cette transmission revêt une influence spirituelle ?  Dans ce cas, le même dilemme se pose dans les diverses églises chrétiennes, où la masculinité s’impose selon les normes de la tradition ; sans que cela soit prouvé, les textes ayant pu être retouchés ou faire l’objet d’omissions.

Une deuxième approche estime que le symbolisme maçonnique n’est qu’une méthode pour appréhender les données spécifiques d’un parcours progressif jusqu’à la maîtrise du métier.  Toutefois, sachant qu’une très forte proportion de Francs-Maçons ne sont plus depuis bien longtemps impliqués dans le métier de l’architecture, quel serait alors l’obstacle à opposer à l’Initiation maçonnique des femmes ?

Une troisième approche est encore possible, selon laquelle la Franc-Maçonnerie serait la continuité d’un certain esprit et de méthode de réalisation spirituelle, telle que celle pratiquée par certains Ordres Hospitaliers et de Chevalerie. Ainsi, entre esprit et méthodes, les intéressés, pour se préserver dans leur vision élitiste, ont dû se dissimuler dans un ou plusieurs corps de métiers.

Parmi les manuscrits les plus anciens, dont le ‘’Regius manuscript’’, on trouve trace de la façon coutumière dont usèrent seigneurs et dames qui, par amour de leurs enfants qu’ils ne pouvaient instruire, approchèrent des clercs pour leur enseigner de bons métiers et leur donner du travail. En retour, pour l’amour de Notre Seigneur, ces clercs instituèrent cet honnête métier, celui de l’art de la bonne maçonnerie.  Les enfants eurent ainsi accès à l’étude…

On voit bien là qu’un lien avec le sacerdoce et la tradition est, comme le dit Constant Chevillon la fonction première de cette mission, chargée de bien enseigner. Dans ce même texte du Regius, un lien est également fait avec des personnes appartenant aux plus hautes classes sociales (enfants de grands seigneurs et de grandes dames).  On imagine aisément que ce travail des clercs n’est pas resté sans une certaine continuité conçue avec des adaptations, selon les circonstances historiques.

Un peu plus d’un siècle après, dans les années 1530, le moine et docteur catholique, François Rabelais, paradoxalement père de famille, appuie dans son ouvrage Gargantua l’existence d’une abbaye mixte, sous un motif expérimental, l’Abbaye de Thélème.   Dans le prologue d’un de ses livres ultérieurs, le Cinquième Livre, il fait allusion à ses contacts réguliers avec des Maçons d’une manière surprenante. Il évoque ‘’l’Escole d’Apollo en mon Parnasse’’ (de Paris, très probablement), école fréquentée par des grandes dames. Il décrit également une visite de son héros Pantagruel au Temple de la dive bouteille, dont l’oracle est rendu en présence de la noble Pontife Bacbuc, Grande Prêtresse (le mot Baqbuq signifie en hébreu ‘’bouteille’’).  Les ouvrages de François Rabelais sont farcis de thèmes philosophiques dans la lignée des Sages de la Grèce antique (pythagoriciens, platoniciens et religieux de l’Orphisme), sans exclure les textes de la Cabbale chrétienne, de la gnose, de l’hermétisme et autres sources spirituelles en vogue à son époque. Rabelais eut également des échanges épistolaires et des rencontres auprès notamment d’Erasme (philosophe humaniste) et Cornelius Agrippa (savant ésotériste qui a œuvré dans la magie et la théosophie chrétienne). Celui-ci fréquentait l’abbé ésotériste cryptologue, futur évêque Jean Trithème, dont il était disciple, … avant de devenir plus tard un sceptique. Quant à Agrippa, grand voyageur et concepteur de groupes ésotériques à Londres, à Lyon et en d’autres villes, il figurait comme un féministe pour avoir fait l’éloge des femmes en plusieurs de ses écrits.  Le sujet qui nous occupe n’étant pas de développer ces divers courants spirituels, mais seulement de s’attarder sur Rabelais, féru d’ésotérisme et de rapprochements avec des Maçons pour avoir participé à des retraites spirituelles, sans doute initiatiques, mais dans un contexte de mixité.

Outre le fait que des femmes pourraient bien avoir été intégrées dans certains milieux maçonniques, notamment parmi ceux en charge de chantiers de longue durée sans nécessité de voyager, il est probable qu’il y ait également eu des organisations maçonniques qui ne s’inquiétaient pas nécessairement de construction, mais de l’étude de certains textes hermétiques générateurs de méditation, parallèlement au travail de la maçonnerie.

L’idée toute morale et théorique de l’Initiation mise en avant par Anderson et son compère Désaguliers prend source dans la seule Initiation virtuelle.  Si éventuellement il y avait eu certaines rectifications demandées par les ‘’Antients’’, les fameuses Constitutions auraient présenté un caractère profane, tel un Règlement général d’un simple club, dont les Membres abonnés, naturellement amis seraient tolérants en matière de croyances religieuses ou spirituelles.  En effet, dans les Constitutions de 1723, nous pouvons lire ce qui suit : « Ce en quoi la maçonnerie devient le Centre de l’Union et le moyen de réunir par une vraie amitié, des gens qui sans elle seraient à jamais restés étrangers. »

Cette bonne raison, toute nécessaire qu’elle soit, n’en est pas moins insuffisante et incomplète. Excluant ici tous développements rendus inutiles parce que contestables ou inconsidérés par ceux hostiles à la mixité, il parait important de souligner qu’il n’y a pas d’obstacle à ce que l’Initiation maçonnique puisse générer un accompagnement annexe à la simple initiation morale et symbolique, par un réel travail initiatique complémentaire et ceci dès le Grade d’Apprenti. N’y aurait-il pas lieu de voir en cela le sens véritable de l’ ‘’opérativité’’ selon certains Francs-Maçons qualifiés.  C’est ce que les Rites dits Ecossais, y compris d’autres ont appliqué notamment par l’introduction de Travaux rédactionnels (dits Planches en de nombreux Rites), qui exigent du nouvel Initié un apport de travail personnel de réflexion, de méditation, en sus d’un travail de mémorisation de catéchismes ou d’instructions et de l’accomplissement d’autres obligations, comme celle de la présence assidue aux Tenues, de règles absolues de discipline, de la bonne conduite morale hors du Temple, ….

Pour ceux et celles qui admettent le principe de la validité d’une transmission initiatique aux femmes dans un cadre maçonnique, le choix d’une voie maçonnique soit féminine soit mixte est une question qui relève de la liberté de choisir, autant que de celle de la sensibilité des Candidats à l’Initiation maçonnique. L’avenir de la mixité est inévitablement conjugué et conditionné par l’harmonie, la concorde et la paix, qui doivent régner entre les Membres au sein de la Loge, qu’elle soit mixte ou féminine, comme masculine d’ailleurs.

En conclusion,

La Franc-Maçonnerie de mixité est celle qui répond le mieux au mode de fonctionnement de la société de notre siècle, pour satisfaire les besoins spirituels des cherchants, ou hommes de désir, pour qui la seule morale ou la seule religion ne suffit pas. La voie mixte est toutefois soumise, comme celle masculine, non seulement à une ambiance de fraternité mais à un mode de partage et d’échange excluant impérativement toute rivalité entre les Membres de la Loge.

Un nouvel argument fort en faveur de cette tendance a été signifié le 8 avril 2010, exactement, par l’Instance juridictionnelle du GODF, précédemment Obédience maçonnique masculine depuis sa création au XVIIIe siècle, par ailleurs la plus importante en nombre de Membres. Plus précisément, cette instance juridictionnelle interne au GODF, dite Chambre Suprême de Justice Maçonnique (CSJM) est seule habilitée à décider de l’application des dispositions internes. Cette Chambre a jugé que l’Initiation des femmes par des Loges de l’Obédience ne portait nullement atteinte à ces Règlements. Cette décision est survenue après des années de débat et les rejets répétés de la majorité des Loges à initier des Sœurs. Les quelque 1.100 Loges du GODF, ont donc désormais la liberté d’accueillir et recevoir en visiteurs ou non des femmes.  Plusieurs Loges avaient auparavant procédé à des initiations non déclarées de six femmes provoquant leur suspension.  Ces événements avaient généré la reprise d’échanges sans doute bénéfiques en faveur des Sœurs.

Si cette décision est capitale, à n’en pas douter il est certain qu’elle ait favorisé l’essor de l'adoption de la mixité en Franc-Maçonnerie. En effet, nous pouvons constater un nombre croissant d’Obédiences qui acceptent désormais les trois voies, masculine, mixte et féminine.

Quant à l'Ordre du Rite Ecossais Primitif, sous la pulsion du Grand Maître Robert Ambelain, favorable à la mixité, ses Instances proposent le choix entre ces trois voies.