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Dossier n° 6 – Les Oies Sauvages

Thème : Les Oies Sauvages

Auteur :  Exposé par Patrice GILLETA

Objet      Conférence présentée par la Respectable Loge Magistrale R. Moray n° 50

Mis en ligne en juillet 2023

 

De l'Irlande à Saint-Germain-en-Laye, épopée de la Maçonnerie jacobite et des Stuart 

Des origines militaires catholiques à sa diffusion continentale

PREMIERE PARTIE

Chapitre 1    Résumé historique de la dynastie StUart   Le mouvement jacobite

Chapitre 2     Famines et exode

Chapitre 3    L’envol des Oies sauvages

DEUXIEME PARTIE

Chapitre 3a  La Maison Royale Stuart et la Corse

Chapitre 4     La Grande Loge d’Irlande (1725)

Chapitre 5     Les débuts de la Franc-Maçonnerie jacobite en France

TROISIEME PARTIE

Chapitre 6     Exil des jacobites

Chapitre 7     Retombées et conséquences

Chapitre 8     Conflits, bouleversements et trahisons

QUATRIEME PARTIE

Chapitre  9   Un monarque sans royaume, Bonnie Prince Charlie

Chapitre 10    Fin de la dynastie Stuart

Chapitre 11    Une diaspora mondiale au service d’un peuple

Chapitre 12    Clin d’œil à Charles de Gaulle et à l’Irlande

PREAMBULE

Ces recherches sont étayées par la lecture d'ouvrages dont l'un retrace cette épopée jacobite et l’exode de toute une noblesse et de son peuple pour cause de religion. Cet ouvrage, écrit par Patrick Clarke de Dromantin thèse de doctorat d’histoire à BORDEAUX  2003 a pour titre :

« Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle. L’exode de toute une noblesse pour cause de religion »

Le présent exposé reprend une part de l’histoire des Francs-Maçons irlandais qui ont fui leur pays. Ils ont rejoint les Régiments militaires écossais pour émigrer d’abord en France, puis ils ont élargi leur horizon à l’Europe et au-delà des océans. Nous citerons les circonstances qui ont engendré cet exode, pour lequel les Irlandais avaient payé un lourd tribut au service des Anciens Régimes sous les rois Louis XIV, XV, XVI, et sous la révolution Française. Ces Régiments militaires ont participé vigoureusement à l’édification de la nouvelle Amérique jusqu’aux Caraïbes. D’autres se sont exilés aux Indes et plus loin encore en Asie et en Océanie. La principale motivation de ces Régiments militaires et des volontaires irlandais était de combattre partout dans le monde le colonisateur anglais. Forts de leur courage et de leur vœu de revanche, ils y sont parvenus courageusement. L’Histoire reconnait que Irlandais et Ecossais ont apporté en Europe et dans les continents un appui certain, qui a largement profité au développement du commerce, de l’industrie, sans oublier le domaine de la finance, celui des arts et de bien d’autres. Ayant pris racine en de multiples territoires, les deux peuples ont permis de véhiculer l’esprit maçonnique dans les contrées les plus isolées, notamment en Amérique, où l’on a appris que des chefs indiens ont été conquis par leur projet de rebâtir la société. Séduits par leur esprit maçonnique, et pour subvenir à leurs besoins sociaux, les trappeurs huguenots, écossais, irlandais, français, sans emploi ni fonction au sein des Armées à la fin des conflits et guerres, sont partis fonder des comptoirs dans les anciennes colonies.

Nous reviendrons sur les divers développements qui ont favorisé cet essor hors du vieux Continent.

Voilà en substance résumé l’essor de la Maçonnerie stuartiste et jacobite et sa diffusion continentale et mondiale.

 

Chapitre 1Résumé historique de la dynastie Stuart

La dynastie Stuart est l’une des familles les plus connues au monde. Révélée à l’appui d’intrigues successorales, de rumeurs et conflits qui ont débordé sur des révoltes puis révolutions, et guerres de religion, cette dernière a suscité des prises de pouvoir et scissions, qui ont donné au fil des siècles des chroniques, puis des œuvres littéraires jusqu’à des séries cinématographiques de l’histoire de plusieurs Royaumes (Ecosse, Angleterre – Pays de Galles, enfin Irlande), désormais constitués en une seule nation, le Royaume Uni. Tous ces phénomènes entourent le nom légendaire de la plus célèbre dynastie britannique.

Mais saviez-vous que le fondateur de la Maison Stuart fut Walter issu de la famille FitzAlan ?, arrière-petit-fils d’un sénéchal de Bretagne et noble breton. Walter servit le roi David Ier  d’Ecosse (1124-1153) puis devint grand sénéchal royal (Steward en anglais). A sa mort en 1177, le titre passa de père en fils pour devenir le nom de la famille, francisé en Stuart.

Les Stuart ont régné sur l’Écosse, sous l’impulsion de Robert Bruce Ier (né en 1274 et décédé en 1329), dont la véritable carrière débute en 1306 par le meurtre d’un autre prétendant à la couronne, John Comyn.  Jouant d’audace, il est couronné roi d’Ecosse à Scone la même année, et l’église d’Ecosse le reconnait comme roi en 1313.

Robert Bruce jouera un rôle très important, notamment dans la plus célèbre et la plus glorieuse bataille de l’histoire écossaise, celle de Bannockburn en 1314.  En 1328, le traité de Northampton apporte la paix et reconnait Robert Bruce comme roi de l’Ecosse indépendante. Son œuvre considérable s’explique par ses qualités d’homme d’Etat et de chef de guerre, mais aussi parce qu’il a su incarner les aspirations du peuple écossais, de ses barons et de son Eglise tous engagés dans la lutte contre l’Angleterre.

Le premier Stuart à monter sur le trône d’Ecosse fut Robert II Stuart, le neveu de David II Bruce qui a succédé à son père Robert Bruce de 1329 jusqu’en 1371. Robert II Stuart fonda la dynastie royale des Stuart.

Mais la dynastie de souverains qui régnèrent

  • sur l’Ecosse entre 1371 et 1714,
  • et sur l’Angleterre, l’Irlande et le Pays de Galles entre 1603 et 1714,

fut écartée de leur Trône après le décès d’Anne de Grande-Bretagne et l’avènement de George de Hanovre en vertu de l’Acte d’Etablissement (Act of Seettlement).

 

Armorial de la Maison Stuart

           

    Blason de la Famille Fitzalan d'or, à la fasce échiquetée d'argent et d'azur de trois tires.

 

Armoirie des Stuart à partir de 1603

 

 

 

 

Ecu Stuart d'Or, au lion de gueules au double trescheur fleuronné et contre-fleuroné du même.

 

 

 

 

Remarque : la devise « Dieu et mon droit » est le cri de guerre de la monarchie anglaise depuis l’époque d’Henri V (1413), et en aucun cas écossaise ou irlandaise, même si celle-ci est en vigueur par la couronne anglaise, comprenant tous les pays du Commonwealth, dont l’Ecosse. En latin, « Deus Meumque Jus » est la devise adoptée par la Franc-Maçonnerie anglo-saxone, mais en aucun cas celle écossaise.

Outre les grands Sénéchaux d’Ecosse jusqu’à Robert Stewart devenu Robert II (1371–1390), les rois Stuart se succèdent en trois lignées comme suit,

1.  Les rois Stuart régnant en ECOSSE

  • Robert III                                                 (1390 – 1406)
  • Jaques Ier d’Ecosse                                (1406 – 1437)
  • Jacques II d’Ecosse                                (1437 – 1460)
  • Jacques III d’Ecosse                               (1460 – 1488)
  • Jacques IV d’Ecosse                               (1488 – 1513)
  • Jacques V d’Ecosse                                (1513 – 1542)
  • Marie Ière (Stuart) d’Ecosse                     (1542 – 1567)
  • Jacques VI d’Ecosse                               (1567 – 1625)

2.  Les rois Stuart qui suivent seront rois d’ANGLETERRE, d’ECOSSE et d’IRLANDE

  • Jacques Ier d’Angleterre et d’Ecosse       (1603 – 1625)
  • Charles Ier d’Angleterre et d’Ecosse        (1625 – 1649)
  • Charles II d’Angleterre et d’Ecosse          (1649 – 1685)
  • Jacques II d’Angleterre et d’Ecosse        (1685 – 1689)
  • Marie II d’Angleterre et d’Ecosse            (1689 – 1694), fille de Jacques II d’Angleterre et VII d’Ecosse, nommée co-monarque avec  son époux Guillaume III
  • Anne d’Angleterre et d’Ecosse                (1702 – 1707), sœur de Marie II, morte sans descendance.

Au décés de Anne de Grande-Bretagne, première monarque du Royaume de Grande Bretagne après l’Acte d’Union. A sa mort sans descendance survivante, le trône passe à son parent protestant le plus proche, George de Hanovre.

3.  Prétendants au trône des trois Couronnes (Angleterre, Ecosse, Irlande)

  • Jacques François Stuart                         (1688 – 1766), fils de Jacques II  d’Angleterre se déclare prétendant au trône en tant que Jacques III d’Angleterre et d’Ecosse
  • Charles Edouard Stuart                          (1720 – 1788), dit le jeune Prétendant ‘’the Young Pretender’’ ou ‘’the Young Chevalier’’ est resté dans la mémoire populaire sous le nom de Bonnie Prince Charlie (‘’bonnie signifiant beau, ou beni pour les Scots), fils ainé de Jacques François Stuart, réclama le Trône en tant que Charles III d’Angleterre et d’Ecosse (à ne pas confondre avec le dernier Charles III de notre époque….)

Parallèlement à la dynastie Stuart, le mouvement jacobite

Etendard Jacobite

La Rose blanche d'York, emblème des jacobites,dont le duc d’York est le futur roi d’Angleterre sous le nom de Charles 1er Stuart (1625-1679)

Observation étant faite qu’il y a lieu de ne pas confondre jacobins (et jacobinisme) avec jacobites et le jacobitisme, qui est un concept renvoyant à des principes politiques défendus par la Révolution française, tels la liberté et l’égalité, comme la souveraineté populaire.

Initialement, le « jacobitisme» entré dans l’Histoire est un mouvement politique proche des Tories entre 1688 et 1807 (l’un des deux groupes parlementaires britanniques, ancêtres du Parti conservateur d’aujourd’hui), composé des partisans de la dynastie détrônée des rois Stuart. Ceux-ci considéraient comme usurpateurs les monarques britanniques ayant régné entre 1688 et 1807. Sous la protection des monarchies catholiques françaises et espagnoles, ce mouvement était initialement implanté en Irlande et dans les Highlands (hautes terres) d’Ecosse, qui furent le théâtre de plusieurs révoltes, suivies d’offensives, batailles et combats. Plus marginalement, le jacobitisme disposait également de partisans dans le nord de l’Angleterre et au Pays de Galles.

Plus brièvement, les jacobites sont les partisans des rois Stuart, comme nous le verrons au chapitre suivant (deuxième exode).

 

Chapitre 2 –   Famines et Exode

La première famine et l’exode à la suite de la guerre de 1649

Il est préalablement rappelé qu’à la suite des persécutions de protestants produites en France au XVIe siècle, ces derniers ont émigré en Suisse, Allemagne et même en Irlande. Ces exilés se chiffrent à quelque 200.000 personnes. En France, l’édit de Nantes en 1598 mit fin à la guerre, mais en 1685 les persécutions reprennent générant une émigration suivie d’une importante perte pour le royaume de France au plan démographique, économique et social, et comme en pareille situation, fuite des cerveaux, des qualifications de la main d’œuvre, des ouvriers compagnons, etc …

La deuxième famine irlandaise de 1740–1741

Pour mémoire, lors de la conquête cromwellienne de l’Irlande, le siège de Drogheda en 1649, conduit par Cromwell et son armée, consiste en un massacre systématique des soldats et officiers royalistes et catholiques irlandais, sans oublier la tuerie de civils (femmes et enfants). Précédemment, la révolte des catholiques irlandais contre Olivier Cromwell (1599 – 1658) fut à l’origine d’une répression brutale appliquée par la mise en place de lois pénales de discrimination religieuse contre les catholiques.

Parmi ces lois, nous retiendrons celle qui a eu pour objet d’empêcher la poursuite de la croissance du papisme adoptée par le Parlement irlandais en 1703. Par ailleurs, cette loi prévoyait la promulgation d’un nouveau régime de propriété avec la privation des fermes et domaines agricoles, laquelle est exclusivement réservée aux catholiques irlandais, créant une vulnérabilité des exploitants dépossédés de leur héritage terrien, ce qui fut une des causes de la grande famine irlandaise. Cette loi fut doublée de l’usage de la primogéniture masculine pour l’intégralité de toute succession, toutefois suspendue à une conversion à la foi protestante.

De façon plus incisive, en 1652, et pour assoir son emprise et sa conquête de l’Irlande, Cromwell fit voter le fameux Act of Seettlement, qui n’est autre qu’une loi de spoliation en vue de la déportation des Irlandais propriétaires vers des régions très arides de l’Ouest. Des milliers de catholiques furent dépouillés et chassés de leur pays, où il ne restait après 1660 qu’un tiers des anciens propriétaires. La dérive autocratique de Cromwell s’intensifia au fil des années jusqu’à sa mort le 3 décembre 1658. C’est à la suite du constat de l’incapacité de gouverner de son fils (Olivier), que les espoirs naissent dans les esprits avec la désignation du fils de Charles Ier pour accéder aux trois trônes (Angleterre, Ecosse et Irlande). Charles II (1649–1685) trouvera un appui considérable auprès du général Monk, commandant de l’armée du nord en Ecosse.  

Plus schématiquement, chronologie des événements après 1649

1649 – 1690    Première famine et premier exode vers la France à la suite de la défaite de la Boyne en 1690.

1740 – 1741    Deuxième famine et exode vers l’Europe et les Amérique.  La famine irlandaise de 1740 – 1741 fut sans doute de la même ampleur que celle de la grande famine plus connue de 1845-1852 citée ci-après, causée par une attaque du mildiou qui détruisit la récolte de pommes Celle de 1740–1741 fut la conséquence de mauvaises conditions climatiques (froid extrême et pluies excessives) pendant ces deux années consécutives, qui se sont traduites par une baisse importante des récoltes. En 1741, les familles irlandaises, ne pouvant plus se nourrir, choisissent l’exil aux Amériques et en Europe.

1845 – 1852    La troisième grande famine est celle qui génère l’exode Outre-mer des Irlandais, Ecossais, également de nombreux Anglais et européens.

Deuxième exode

A la suite de l’éviction de Jacques II Stuart, roi catholique d’Angleterre, par son gendre protestant Guillaume d’Orange, lors de la Glorieuse Révolution de 1688, les partisans du souverain légitime, plus connus sous le nom de jacobites (cf. page 5, le mouvement jacobite), se regroupèrent derrière lui en Irlande pour la reconquête de son Royaume.

Vaincus en 1690 à la bataille de la Boyne, plus de 25000 Jacobites, accompagnés de leurs familles s’exilèrent en France, pour fuir les persécutions édictées par les lois pénales à l’encontre des catholiques.  Cette bataille –cas unique en Europe– fut décisive de l’exode de toute une aristocratie qui a dû s’adapter pour se fondre dans le tissu aristocratique Français.

Le Roi Louis XIV accueille les rois Stuart et leur Garde à Saint-Germain-en-Laye

Jacques II vit au château de Saint-Germain-en-Laye, avec son épouse Marie et ses fidèles partisans, gens du peuple ou nobles, catholiques ou protestants estimés à quelque 70000 personnes. Le chiffre initial de 25000 semble inexact ; difficilement contrôlable, il correspondrait au nombre de soldats composant les régiments, mais non compris les membres de leur famille, leur exil ayant débuté bien avant le départ de Jacques II pour Saint-Germain-en-Laye. Parmi ces 70000 exilés on distingue 60 % d’entre eux d'origine irlandaise, 35 % d’origine anglaise, et 5 % d’origine écossaise (5%). Ce sont ceux appelés jacobites. Leur intégration en France et en Europe se fera avec l’aide des factions jacobites déjà installées et nanties de finances et d’un support administratif. Ils y sont parvenus en déployant une synergie efficace, selon une organisation dans laquelle chacun apporte sa participation à la construction de l’édifice.

On peut relever la remarquable efficacité de la noblesse jacobite dans le fonctionnement des entreprises, pris sous un autre regard que celui des Français. Ainsi, il est dit que cette noble alliance a contribué à l’essor des affaires dans plusieurs domaines, notamment administration, finance, production industrielle (manufactures de draperies, verrerie, armement et ingénierie). Aux XVIe et XVIIe siècles, ce fonctionnement engendra une importante migration Outre-mer et la fondation de nombreux comptoirs, notamment en Amérique aux Caraïbes et aux Indes. On trouvera de par le monde des émigrés jacobites dans de nombreux pays, très éloignés, on remarquera aussi des descendants des Stuart en Corse où certains portent le nom de Stuart.  Il convient aussi d’observer que parmi les exilés jacobites réfugiés en Italie (Lord Winton), se trouvaient d’autres Stuarts notamment, John Stuart, fils du premier comte de Bute et jeune demi-frère du deuxième comte, qui rejoint la cour à Rome en 1726.

Mais c’est de cette émigration, permettant de véhiculer les idées maçonniques, que ce sont ouvertes des Loges dans tout l’hexagone. Surtout en Bretagne, fief jacobite et plaque tournante des émigrés qui iront jusqu’à Bordeaux, et dans le sud de la France à Marseille (avec George de Walnon) et en Avignon, refuge des jacobites sous protection papale où de nombreuses Loges furent ouvertes ; puis en Amérique et aux Caraïbes ; et plus loin encore aux Indes et même une tentative en Orient ; cette dernière en Chine fut sans suite, la mentalité asiatique ne correspondant pas à l’idéal maçonnique véhiculé à cette époque par la Marine.

 

Chapitre 3      L’envol des Oies sauvages

                                 https://fr.wikipedia.org/wiki/Oies_sauvages_(jacobites)

Les Oies sauvages (Wild Geese, en anglais) désignaient traditionnellement les mercenaires irlandais qui s’engageaient comme tels dans les armées continentales et formèrent, en France, la brigade irlandaise.  Ils ont fourni à l'armée française 14 de ses lieutenants généraux et 18 maréchaux de camp. Parallèlement, ils se sont assuré un quasi-monopole des hauts postes de l'empire colonial dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Leurs principaux ports d'accueil sont Nantes en France, forte de l'importante communauté nantaise des irlandais, et de Cadix en Espagne.

Cet envol trouve son origine après la bataille de la Boyne en 1690 et la chute de Limerick fin 1691, l’Irlande est perdue pour le catholique Jacques II qui se réfugie en France. Il est suivi par les soldats qui ont combattu pour sa cause comprenant une grande majorité d’Irlandais. Par dérision, cet épisode est appelé « Flight of the Wild Geese » par les Anglais, avec une conotation humiliante pour les Irlandais, à savoir « vol ou fuite des Oies sauvages ».

Parmi les Irlandais et Ecossais, catholiques et protestants demeurés fidèles aux Stuart, Charles II rassemble en un régiment dit le Royal irlandais, l’élite des unités l’ayant accompagné dans son exil à Saint-Germain-en-Laye et forme sa garde personnelle. Ce même Régiment est coopté en 1661 pour constituer une Loge régimentaire qui prend le nom de son colonel, ce sera la Loge de Darlington qui conduira Charles II à nouveau en Angleterre, afin de tenter de reprendre son trône. Plus tard, cette Loge fonctionnera sous le titre de Loge de Walsh quand son colonel aura changé. Issus des autres Loges militaires, les régiments en garnison au Château vieux, seront incorporés par Louis XIV dans les armées françaises.

Patrick Sarsfield, premier comte de Lucan, défenseur de Limerick obtint une capitulation honorable en octobre 1691. Cet accord permettait aux soldats jacobites d’émigrer, 5000 Irlandais embarquèrent immédiatement sur une flotte de secours française, arrivée trop tard ils furent rejoints par 5000 autres amenés par des bateaux anglais. Ainsi, les émigrés irlandais ont constitué des régiments de mercenaires dans de nombreux pays, qu'ils soient catholiques ou non. Tel fut le cas de la Brigade irlandaise et du fameux Régiment de Walsh ci-avant, lesquels sont les premiers contingents au service de la France en 1691 sous Louis XIV, pendant que la cour jacobite de Saint-Germain-en-Laye rassemble des milliers d'émigrés.

Sous Louis XV, les Irlandais se sont illustrés en particulier à la bataille de Fontenoy. Plus tard sous Louis XVI, d’autres encore resteront les défenseurs de la monarchie française, lors de la guerre d'indépendance américaine avec deux Régiments : celui de Berwick et celui de Dillon. C’est dans ce deuxième régiment que nous rencontrons, un irlandais, Dominique O’Heguerty, l’un des fondateurs de la Loge Saint Thomas à Paris en 1725-1726 avec Charles Radclyffe. En revanche, c'est l’Assemblée nationale de la France qui a prononcé la dissolution des Régiments irlandais suspectés d'être restés fidèles au roi à la Révolution française en 1791. Le soutien des émigrés irlandais aura donc duré une centaine d'années de 1692 à 1792. Le comte de Provence, futur Louis XVIII, a prononcé en 1792 un discours de remerciements pour honorer la très longue fidélité des émigrés irlandais.

Au service de l'Espagne, le Régiment Irlanda est constitué en 1698 puis il est rejoint en 1709 par deux autres, Hibernia et Ultonia. En 1758, ils représentaient un total de 4200 hommes. Un régiment de dragons (Mahony-Dragons) a été envoyé en 1706 en Espagne avec des volontaires irlandais commandés par Daniel O'Mahony pour participer à la guerre de Succession, qui a permis au petit-fils de Louis XIV, Philippe V, de monter sur le trône d'Espagne et de consolider son règne.

Par la suite d'autres descendants irlandais se sont mis au service des colonies espagnoles comme suit :

  • 1720–1801, Ambrose O’Higgins, vice-roi du Pérou, père illégitime de Bernardo O’Higgins, libérateur du Chili
  • 1722–1794, Alejandro O’Reilly, gouverneur de la Louisiane espagnole
  • 1762–1821, Juan O’Donojú, dernier vice-roi de la Nouvelle Espagne (Mexique)

Plus loin encore au service de la Russie, avec deux maréchaux de camp russe

  • 1678–1751, Peter de Lacy,
  • 1698–1792, George Browne

Et d’autres officiers notamment en Autriche, et jusque dans les territoires d’Amérique, où les descendants irlandais ont émigré. Enfin précision est ici ajoutée que les Loges militaires des Régiments irlandais, ayant rejoint Jacques II en France, suivaient depuis longtemps leur propre rituélie fortement christianisée. Que celle-ci fût proche de la tradition écossaise ne put que faciliter les substitutions de terminologie qui s’en suivirent.

Chapitre 3bis      La Maison royale Stuart et la Corse

S’agissant du terrain corse, il convient de préciser que la cour des rois Stuart s’est déplacée de France en Italie en 1717, dont certains d’entre eux privilégieront, par étapes successives, de la protection des Etats pontificaux jusqu’au XVIIIe siècle. En effet, c’est à Rome que naquit Charles Edouard en 1720, puis il séjourna en Avignon. La Corse est une terre connue des Stuart depuis 1545, où les Corses commandent un retable à Florence pour célébrer la naissance de Marie Stuart née le 8 décembre 1542 en Ecosse. Le commanditaire de ce retable est Sampiero Corso, chef de guerre insulaire ayant été en Angleterre au service de Matthew Stewart, treizième Conte de Lennox. L’engagement des Stuart dans les affaires corses pour créer un royaume corse indépendant fut porté par Lord Bute et John Stuart (Lord Mount Stuart). Ce projet de royaume corse serait revenu à Jacques III et à son fils le Prince Charles, selon une idée datée de 1731 et révisée entre 1741 et 1769.

Quant au baron Théodore de Neuhoff, petit roi qui a régné peu de temps sur l’ile ; arrivé le 20 mars 1736, il débarque en Corse le 15 avril pour être proclamé roi des Corses. Son règne ne fut pas long et il quittera l’île en novembre 1736, confiant la régence provisoire du royaume corse à Giacinto Paoli, père de Pascal Paoli et futur général de la nation corse.  En 1738, Gènes demande l’aide de la France, pour garantir ses intérêts en Corse, il en découle une intervention militaire en 1739 menée par le marquis de Maillebois sorti victorieux des nationaux corses. Mais l’idée de voir créer un royaume jacobite en Méditerranée fut bloquée par le roi.  En effet, la France ayant en projet l’annexion de l’ile, celle-ci fut réalisée en 1769 après le départ de Paoli à la suite du traité de Versailles le 15 mai 1768, les Génois n’ayant pu conserver la stabilité dans ce territoire.

Parallèlement et à la suite de cette victoire de 1739, est autorisé l’exil de 27 chefs corses vaincus dont la famille Paoli. Ceux-ci arrivant en Italie, côtoient plus de 2000 Irlandais et Ecossais jacobites, principalement des militaires installés à Naples depuis 1734.  En 1741, un régiment d’infanterie, le Royal Corse sera constitué dans l’ile et passera définitivement en France au mois de septembre, fort de 739 hommes. Napoléon Bonaparte nait Ajaccio en 1769 et nous connaissons la suite de sa belle carrière et de son influence maçonnique. Bien que son affiliation ne fut jamais prouvée, il en fut un grand protecteur au travers de sa famille, préférant nettement les avoir en face que d’être l’objet de la méfiance des Francs-Maçons.

Sources : Voir l’ouvrage indiqué pour suivre cette aventure corse. Un ouvrage en parle précisément (Un Stuart dans la nation corse écrit par un des derniers descendants actuels en Corse Desideriu Ramelet- Stuart – Edition Stuart of Corsica 2013

 

Chapitre 4      La Grande Loge d'Irlande (1725)

La Grande Loge d'Irlande (Grand Lodge of Frémissons of Ireland), fondée en 1725 à Dublin, est la seconde plus ancienne obédience maçonnique dans le monde, après la Grande Loge de Londres (1717) et avant la Grande Loge d’Ecosse (1736).

Attachée aux « Landmark », l'obédience est la seule du pays à être reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. L'histoire de la Grande Loge d'Irlande débute aux prémices de la Maçonnerie spéculative, avant de se tourner ensuite vers les iles britanniques, où l'obédience eut une influence notoire. Elle évolue naturellement en parallèle de la société irlandaise, dont la famine a cruellement frappé la population, autant que les multiples condamnations papales qui n’épargnèrent pas la Grande Loge.

La création de la Grande Loge d’Irlande est fort ancienne. Les archives disposent de preuves considérables de réunions dans des Loges maçonniques en Irlande avant le XVIIIe siècle. Ainsi, est connue l'histoire de la franc-maçonne, en anglais « Lady Freeman », Elisabeth Aldworth, laquelle remonte à une époque antérieure à l'existence de la Grande Loge. En 1688,  les premiers documents attestent de l’activité d’une Loge spéculative au Trinity Collège de Dublin faisant référence à des Tenues maçonniques organisées en ville.

 

Chapitre 5      Les débuts de la Franc-Maçonnerie jacobite en France

Au préalable, citation de quatre dates confirmant les activités de la Franc-Maçonnerie écossaise :

1593    Jacques VI fonde la R+ Royale avec 32 Chevaliers de Saint André du Chardon

1598    Publication des Statuts William Schaw qui règle la Maçonnerie écossaise

1599    Premiers documents attestant de l’activité de la Loge Mary’s Chapel à Edimbourg

1660    Formation de la Royal Society par le jacobite Robert Moray, sous l’impulsion de Charles Ier  et de Charles II, dont il était un fidèle partisan

L’exil de Jacques II, accompagné des Régiments écossais et irlandais, correspond à l’arrivée en France de la Franc-Maçonnerie jacobite fondée en Ecosse en 1593.

Le 26 mars 1688, introduction du Early Grand Scottish Rit avec la fondation de la première Loge militaire du Régiment de Dorrington (devenu ensuite Régiment de Walsh), d’où son nom primitif Loge Dorrington qui ouvre ses travaux à Saint-Germain-en-Laye.  En 1752, elle prendra le nom de « La Parfaite Egalité ».  Pour l’anecdote, il est à observer que le Grand Orient de France, mentionnera la date de 1688, comme étant celle de sa fondation à Saint-Germain-en-Laye.

Louis XIV reçoit Jacques II à Saint- Germain-en-Laye

Les jacobites à Saint-Germain-en-Laye de 1689 à 1715, la cour de Jacques II  et les premières tentatives de reconquête des trois royaumes.

A noter également que Louis XIV, roi très chrétien, hébergera généreusement plusieurs rois Stuart et leurs partisans chassés de l’Ecosse et d’Angleterre, dont son cousin germain Jacques II, lui octroyant honneurs et pensions (600.000 livres annuelles), pour des raisons autant politiques que personnelles et familiales.  Henri IV n’est-t-il pas leur grand-père commun ?  Il est vrai que Louis XIV, lui-même, avait dû se réfugier avec sa mère à Saint-Germain, quarante ans plus tôt, à l’époque de la Fronde (1649-1651). Parmi les jacobites, nous pouvons citer Charles-François de Calvières, de noblesse languedocienne qui a joué un rôle en Avignon en sa qualité d’officier des gardes de Corps pontificaux. Et sur Paris, un autre et célèbre jacobite, Lord Derwentwater (ou Charles Radclyffe), fondateur des Loges successives Saint Thomas, puis Saint Thomas II à Paris ; l’histoire lui attribue un rôle considérable reconnu par le Grand Orient de France qui, dans son annuaire de l’année 1725, mentionne Lord Derwentwater comme le premier de ses Grands Maîtres.

Sources : Archives paroisse Saint Germain, et conférence résumée dans le bulletin de l’Académie de Vaucluse d’octobre 2014 et a fait l’objet d’une publication partielle en avril 2015 par les « Etudes Comtadines », N°22.

 

Chapitre 6      Exil des Jacobites

La Franc-Maçonnerie écossaise prend son essor au cours du dix-septième siècle, quand les rois Stuart exercent le pouvoir dans les trois royaumes de Grande-Bretagne. Après 1689, les Loges jacobites subissent le contre-coup des révoltes et des guerres civiles précédemment évoquées, qui contraignent les rois Stuarts, qui se succèdent et leurs partisans, à un exil de masse.

A partir de 1714, nous assistons à une Maçonnerie scindée en deux tendances d’une rivalité marquée entre les partisans des Stuart (catholiques) d’une part, et ceux Hanovriens (protestants) d’autre part. Les seconds étant soutenus par la révolution doctrinale andersonnienne (James Anderson et le pasteur Jean Théophile Desaguliers) de la première Grande Loge anglaise, dite Grande Loge de Londres et de Westminster. Ainsi, d’un côté sont les Loges régimentaires écossaises et irlandaises conduites par des partisans jacobites, de l’autre sont les Loges placées du côté des vainqueurs politiques anglais, sous l’autorité de la monarchie issue de la nouvelle dynastie régnante des Hanovre.

En complément des archives de l’époque, longtemps ignorées ou méconnues, un ouvrage (1) retrace les différentes étapes d’un parcours qui commence sous le règne de Jacques Ier (1603-1625) et s’achève avec la mort de Charles-Edouard (1788). En théorie, la politique est supposée absente des engagements maçonniques individuels ; en pratique, elle est fréquemment présente, notamment dans l’exode de nombreuses populations comprenant des exilés politiques. Ce phénomène s’est retrouvé à l’époque en Franc-Maçonnerie selon les divergences religieuses ci-avant, et dans le cas qui nous intéresse pour ‘’les jacobites’’.  Ceux-ci, écossais, irlandais voire anglais, ont émigré en diverses régions de France.

(1) Source : Patrick Clarke de Dromantin LES JACOBITES REFUGIES EN AVIGNON ET DANS LE COMTAT VENAISSIN AU XVIIIe SIECLE : LES MEDITATIONS TARDIVES SUR LE SENS DE L’HISTORE D’UN PROVENCAL EMIGRE A PARIS.

Cette thèse de l’exil renvoie les Initiés à certains rituels élaborés au fil des décennies, qui empruntent à l’Ancien Testament des épisodes d’exode, d’errance, de reconquête, jusqu’à certaines scènes punitives inspirées d’événements historiques sanglants. On pourrait imaginer en de telles circonstances, un rapprochement entre la disparition d’un pape, d’un roi de France, avec les infortunes de la dynastie Stuart et de leurs partisans.

Parmi les régions françaises touchées par des exilés politiques d’Outre-Manche, on relève   Avignon     et     le Comtat Venaissin,  ces derniers figurant jusqu’au 14 septembre 1791 parmi les Etats pontificaux, sont restés une terre de refuge en France, au titre d’une enclave proche du Pape qui y avait placé un évêque à sa tête.

Lorsque le jeune Jacques-Edouard Stuart, âgé de vingt-sept ans entre, en petit équipage le 2 avril 1716, dans la bonne ville d’Avignon, peu de ses futurs concitoyens le connaissent. Il est accueilli avec tous les honneurs par le vice-légat Alamanno Salviati, sur instruction du Pape Clément XI. Les Avignonnais apprendront bien vite que Jacques-Edouard est l’ancien Prince de Galles, Prétendant aux couronnes des trois Royaumes d’Ecosse, d’Irlande et d’Angleterre depuis le décès de son père, le roi Jacques II, en 1701. Louis XIV, contre les avis de certains de ses ministres, mais aussi sous l’influence favorable de Madame de Maintenon, a confirmé les droits régaliens de son cousin après la « Glorieuse Révolution » de 1688.

Pour le Roi Soleil, le fils unique de Jacques II restera, jusqu’à sa mort, le 1er septembre 1715, et en dépit des traités internationaux : Jacques III d’Angleterre et Jacques VIII d’Ecosse. Les adversaires du « Prétendant » lui donnent le titre quelque peu désobligeant, pour un monarque britannique, de « Chevalier de Saint-George » (observation étant faite que pour la dynastie Stuart et notamment Jacques III, ce titre a valeur honorifique, pour qualifier son porteur ‘’ roi de droit’’).  Ses partisans d’Outre-Manche le considèreront respectueusement comme le « King over the water » (« le Roi d’au-delà des mers »).

Jacques-Edouard prend ses quartiers dans l’Hôtel de Serre, libéré à cette occasion par le Commandant des troupes pontificales. Le Prétendant sera bientôt rejoint par de nombreux jacobites, d’origines anglaise, écossaise ou irlandaise, de religion catholique ou protestante. Beaucoup ont quitté la cour et le « Château-vieux » de Saint-Germain-en-Laye, où résidait encore sa mère, la très catholique, Marie de Modène. De prestigieux dignitaires jacobites, tel James Butler, duc d’Ormonde II, (1665-1745), petit-fils du très royaliste et premier duc d’Ormond (1610-1688). Celui-là, victime d’une procédure d’impeachment, diligentée par le parlement de Londres, a quitté définitivement l’Angleterre le 8 août 1715. Le comte de Mar, Lord Nairn, Lord Dunbar et le comte d’Inverness, prendront, plus tard, eux-aussi, leur quartier en Avignon ou dans le Comtat Venaissin. A côté de la gentry jacobite, les partisans Stuart provenaient de tous les horizons britanniques, tel l’officier de fortune Charles Wogan (1698-1715 ?), qui rendra visite au Prétendant en Avignon, constitue une bonne illustration de cette classe sociologique.

Le cas du célèbre Chevalier André-Michel de Ramsay (1686-1743), précepteur éphémère des enfants Stuart durant leur enfance à Rome, est singulier. Converti au catholicisme par l’archevêque de Cambrai, Fénelon, ardent défenseur de la dynastie Stuart, il devient un incontournable prescripteur de la Franc-Maçonnerie qui le conduira à la création de la première Loge avignonnaise, sous l’appellation de Saint Jean.  Cette Loge constituera un lieu important de réunion pour la noblesse provençale, sous l’influence de l’érudit marquis de Clavières (1695-1777, cf. notre propos page 11) et certains jacobites en place d’Avignon.

En août 1737, Avignon sera le plus important centre maçonnique méditerranéen, avec les jacobites qui y fonderont la Loge du marquis de Calvières, dont nous avons parlé ci-avant, lequel fut initié en 1736 par le comte irlandais Balmerino, jacobite convaincu. Ensuite l’horizon s’élargit sur Marseille et en Aquitaine, où un autre comte irlandais John de Barnwall de Trimlestown fonde à Toulouse la Loge Les Ecossais fidèles.

Plus généralement et hors de France, nombreux seront officiers et soldats incorporés dans l’Armée de Louis XIV, au sein de plusieurs formations militaires, dont la « Brigade irlandaise » ou le fameux « Régiment écossais ».  La diaspora jacobite s’est ensuite dispersée, dans l’empire des Habsbourg, la Prusse de Frédéric II, l’Espagne de Philippe V, les pays scandinaves, voire en Russie ou en Amérique. Le 23 juin 2014, est fêté le septième centenaire de la victoire de Robert Bruce à Bannockburn par les Ecossais remportée contre la cavalerie anglaise d’Edouard II.  Nous rappellerons pour la petite histoire, que les ascendants du roi Robert Ier d’Ecosse, couronné en 1306, sont originaires du Cotentin. Pour le prix de son courage à Bannockburn, le sixième sénéchal d’Ecosse, Walter Stewart, dont la famille avait quitté Dol de Bretagne pour l’Angleterre, un siècle plus tôt, épousera la fille du roi Robert Ier, Marjory. On peut encore apercevoir les ruines du château de Brix, près de Valognes. C’est une motte féodale typique du Moyen-âge.

 

Chapitre 7      Retombées et conséquences

Alors que l’Ecosse, unie à l’Angleterre pour former la Grande Bretagne en 1707, a renoncé, le 18 septembre 2014 par référendum, à son indépendance, nous faisons ici un retour sur les circonstances qui ont conduit l’un des derniers représentants de la dynastie Stuart en terre papale, au XVIIIe  siècle. Si la France est certes liée à l’Ecosse par la « Vieille Alliance » (« Old Alliance ») approuvée par Philippe le Bel et John Balliol au XIIIe  siècle (25 octobre 1295), elle a été dite la « plus vieille alliance du monde », selon les déclarations de Charles de Gaulle en 1942. Comme on le sait, les familles régnantes en Europe ont entretenu des liens dynastiques à géométrie variable selon les époques. Ceci est particulièrement vrai pour les Stuart, proches des royaumes de France et d’Espagne depuis le XIVe siècle. Ils seront ainsi, bien malgré eux, alliés, puis ennemis de la principale rivale maritime et marchande de la City, les Provinces Unies, au cours des époques successives qui nous intéressent.

L’histoire officielle du Royaume-Uni a été d’abord écrite et enseignée, comme il se doit, par les vainqueurs, c’est-à-dire, par les tenants de la dynastie régnante, d’abord Orangiste, puis Hanovrienne, enfin Saxe-CobourgGotha. Leurs descendants siègent encore sur le trône du Royaume Uni, sous l’appellation rebaptisée, après la Seconde Guerre mondiale, de Windsor. En termes contemporains, on pourrait traduire par Winners take all.

Les trois derniers Stuarts conserveront une liberté d’action durant près d’un siècle, et cette liberté leur a permis d’exercer une influence décisive sur la scène européenne au plan politique, économique et social, philosophique et religieux.

 

Chapitre 8      Conflits, bouleversements et trahisons

Conflits religieux et dynastique aux XVIIe ème et XVIIIe siècles

Contexte.   Jacques-Edouard, avignonnais de passage, bénéficie d’un étrange mais sinistre privilège familial. Son grand-père, Charles Ier d’Angleterre, jugé trop tolérant avec les catholiques et intransigeant avec les presbytériens, a été décapité en 1649, sous l’autorité sanguinaire de Cromwell, précisément à la suite des intrigues parlementaires des Whigs, opposants traditionnels des Tories jacobites. Charles Ier a ainsi connu la même fin que celle de sa propre grand-mère, Marie Stuart.  La guerre civile cromwellienne s’achèvera dans le sang, avec l’établissement d’un « Protectorat » proche d’une dictature coloniale à l’égard des sujets, qui ont le malheur de ne pas être anglais et puritains.

Ces guerres civiles à répétition déchirent particulièrement les clans Ecossais. A titre d’exemple, Ulysse Monroe, catholique et royaliste, s’opposera au chef de son clan devenu presbytérien. Au décès de Charles Ier, Ulysse passera en Irlande et poursuivra le combat contre la new model army de Cromwell avec le grand Owen Roe O’Neill (1590-1649). Après une alliance matrimoniale des Monroe avec la famille irlandaise O’Reilly (Catherine, épouse d’Owen Roe-Monroe, fils d’Ulysse, au château d’Oldcastel, comté de Meath), ses deux petits-fils fonderont, au XVIIIe siècle, la célèbre branche française et catholique des Monroe.

Les émigrés français du clan des Highlands se distingueront par leur blason et par leur devise, sans esprit de revanche envers leurs cousins restés en Ecosse. Le Nil sine labore et les abeilles des Monroe établis en France évoquent déjà les vertus républicaines, tandis que le glaive des Monroe presbytériens et leur Dread God, paraissent ne pas avoir dépassé les prescriptions morales du Pentateuque …

La restauration monarchique de 1660 profite à l’oncle de Jacques-Edouard, Charles II, arrière-petit-fils de Marie Stuart.  Elle a permis de réunir, à nouveau, les trois couronnes britanniques sur la même tête, penniless et powerless, selon certains historiens anglais. Ce retour des Stuart au pouvoir est redevable au général Monck, premier duc d’Albermale, par son intervention militaire surprenante mais décisive. Grâce à lui, les Stuart ont pu mettre fin à leur premier exil sur le continent, imposé par le fanatisme puritain, associé au goût du pouvoir solitaire d’Olivier Cromwell.  Le Général Monck, fervent jacobite, sera récompensé par le don de terres dans de lointaines colonies anglaises, dans l’actuel Etat de Caroline du Nord.

La naissance inattendue mais tant espérée de Jacques-Edouard, fils de Jacques II et de sa seconde épouse Marie de Modène, et surtout son baptême catholique, seront les prétextes, le 10 juin 1688, de la Glorieuse Révolution d’Angleterre.

Bouleversement des alliances et trahisons multiples

Jacques II, trahi de toutes parts après trois ans de règne, ne disposant plus des moyens militaires, et surtout des soutiens politiques nécessaires, n’a pas voulu faire couler le sang de ses sujets face à l’armée de 25000 hommes (dont 7000 huguenots) levée par son redoutable et ambitieux gendre et neveu. Il s’exile en France jusqu’à sa mort en 1701, au château de Saint-Germain-en-Laye. Le Comte de Lauzun, aidé d’un noble provençal le chevalier de Saint Victor, ancien écuyer du duc de Vendôme, avait sur instruction personnelle de Louis XIV en décembre 1688 convoyé, secrètement d’Angleterre en France la reine Marie de Modène et son fils, Jacques-Edouard, qui n’a pas encore un an.  Jacques II d’Angleterre a tenté de reprendre le pouvoir sur les trois royaumes à plusieurs reprises. Il a participé lui-même à la bataille de la Boyne, le 16 juillet 1690, prenant ainsi les armes contre son ancien courtisan, qui sera un futur allié et compagnon d’exil en Avignon, le duc d’Ormond, mais aussi contre son propre gendre, Guillaume III d’Orange, avec l’aide militaire de la France.

 

Chapitre 9      Un monarque sans royaume, Bonnie Prince Charlie

Charles-Edouard Stuart dit le jeune prétendant, passé à la postérité sous le nom de Bonnie Prince Charlie, quitte Saint-Nazaire un jour d'été 1745. Son expédition pour l’Écosse est facilitée par la communauté irlandaise de Bretagne et soutenue financièrement par les armateurs nantais. Les aventures du dernier Stuart vont inspirer Walter Scott et Robert Louis Stevenson.

En 1745, le sort du prétendant aux trois couronnes d'Angleterre, d’Écosse et d'Irlande se joue en partie en Bretagne. Le 5 juillet 1745, Charles-Édouard Stuart, fils de Jacques III d'Angleterre (Jacques VIII d’Écosse), âgé de 24 ans, s'embarque à Saint-Nazaire pour l'Écosse sur le Du Teillay, fin corsaire armé de 18 canons. Il rejoint Belle-Ile pour retrouver l'Elizabeth. Ce puissant vaisseau transporte un corps expéditionnaire du roi de France fort de 700 soldats, dont de nombreux exilés irlandais qui doivent soutenir la révolte jacobite. Le Du Teillay est armé et commandé par Antoine Walsh, membre influent de la communauté irlandaise de Nantes qui a mis sa fortune au service de la cause jacobite.

Le 23 juillet, après de multiples péripéties, le prince débarque sur l’Île d'Eriskay, dans les Hébrides extérieures. Au fil des semaines, l'armée jacobite grossit.  Le 21 septembre, contre toute attente, les jacobites écrasent l'armée de George II à Prestonpans. Après avoir volé de victoire en victoire jusqu'à Derby, Charles-Édouard Stuart voit son étoile pâlir. En avril 1746, son aventure s'achève tragiquement à Culloden. Après des mois d’errance, pourchassé par les tuniques rouges, son salut vient de Bretagne. En août 1746, une expédition est mise sur pied grâce à l'armateur irlandais Richard Butler, de Saint-Malo, qui met à sa disposition deux navires. Le 19 septembre, après de multiples péripéties, Charles-Édouard Stuart embarque pour Roscoff avec une dizaine de partisans à bord de l'Heureux, bâtiment commandé par le Malouin Marion Dufresne. Le retour du Prince est fêté à Morlaix, qui compte alors une importante communauté irlandaise.

Le caractère impétueux de celui appelé Bonnie Prince Charlie lui ferme  progressivement les portes des cours d'Europe, à commencer par les Bourbon. Le 13 février 1788, en Australie, Arthur Philip, gouverneur de Nouvelle Galles du Sud, prête allégeance à George III « seul souverain incontesté du royaume » et, au passage, abjure l'allégeance aux descendants de Charles-Édouard Stuart, mort deux semaines plus tôt à Rome. Comme le souligne l’historien australien Edward Duyker, « quelle ironique mention quand on connaît l'importance de la Caledonia Australis, actuelle Australie, directement associée à l'arrivée le 26 janvier 1788 de nombreux Highlanders dans l’île-continent, à la suite de la défaite de Culloden ». La légende de Bonnie Prince Charlie, « le roi au-delà des mers » comme le nomme la tradition populaire, va se construire à la période romantique. Après plusieurs tentatives d’invasion de ses trois royaumes, Jacques-Edouard se réfugie à Bar-le-Duc puis à Commercy, en Lorraine, et enfin en Avignon. Il est inquiet pour l’avenir, car ses marges de manœuvre sont fort réduites, tant sur un plan politique que celui des questions financières. Il est accablé par l’échec de l’infructueuse expédition conduite en Ecosse par le comte de Mar, la fameuse fifteen des historiens anglais. Celle-ci ne dura que quelques semaines, sans résultat tangible pour aucune des parties, en dépit des efforts d’organisation et des secrets dont elle avait été l’objet.

Plus sérieuse, la tentative de restauration de 1715 reposait sur la coordination de plusieurs mouvements de rébellion, auxquels devait participer le duc d’Ormond à partir du Sud de l’Angleterre. Leur organisation s’avéra un fiasco, par la cruelle absence de leadership suffisamment visible face aux forces armées anovriennes. Pourtant, les maigres troupes jacobites, sous le piètre commandement du comte de Mar, parviendront, signe prometteur pour l’avenir, à mobiliser en 1715, plusieurs clans importants de Highlanders en faveur de la restauration des Stuart. Les forces écossaises et presbytériennes du duc d’Argyll, favorables au roi hanovrien George Ier mettront cependant un terme à cet espoir, à la suite de l’étrange défaite de Sheriffmuir du 24 novembre 1715, au-delà des intérêts dynastiques.

Après une première et courte période marquée par l’hésitation, la politique du régent Philippe d’Orléans ne sera guère favorable aux jacobites. Elle visera désormais à se concilier les bonnes grâces hanovriennes, en vertu des négociations secrètes, mais à visées diplomatiques et pacifiques, de l’Abbé Dubois avec ses correspondants britanniques, Stanhope (James, premier comte du nom, 1673-1721), Lord Stair, d’origine écossaise (John, deuxième comte de Dalrymple, 1673-1747), et le pugnace ambassadeur de Londres à Paris. Le règne de Louis XIV, ses guerres préventives, ses ambitions territoriales et l’hostilité tenace à l’égard des nouveaux maîtres de l’Angleterre, et surtout des provinces unies, sont provisoirement révolus. A cette époque et en simplifiant, on peut dire que les conflits dynastiques prennent nettement le pas sur les intérêts nationaux. Ainsi, les Hanovriens comptent sur la France pour neutraliser les ambitions du prétendant Stuart, tandis que le régent s’inquiète des visées de Philippe V d’Espagne sur le trône de France et espère le soutien des Hanovriens. Les futurs cardinaux Dubois en France, et Alberoni en Espagne, vont s’activer à partir de 1716, pour mener des discussions diplomatiques, plus ou moins musclées, dans le but d’édifier ou de ruiner, selon les circonstances du moment, ces « (més)ententes cordiales ».

Le duc d’Ormond et son entourage en Avignon : un général qui n’aime pas la guerre

En Irlande, les Butler, puis le duc d’Ormond, protestants et royalistes, ont joué un rôle singulier. Notre deuxième duc d’Ormond, James Butler, est le petit-fils de son homonyme (1610-1688), lequel avait combattu Cromwell et les covenantaires écossais pour le compte de Charles Ier. Charles II, reconnaissant, lui confèrera les honneurs académiques de l’Université d’Oxford, dont héritera notre avignonnais, avant de s’en voir destitué par George Ier. Le parlement irlandais lui confisque tous ses biens (y compris le domaine de Kilkenny et son château). Sa tête est mise à prix. Le duc d’Ormond devenu avignonnais est le fils de Thomas Butler, comte Ossory (1634-1680) et d’Emila von Nassau. Les mémoires du duc d’Ormond, publiées à La Haye en 1737, nous renseignent sur ses nombreuses activités politiques et militaires, ses relations avec le Prétendant, son intimité avec la « marquise de V… » En Avignon, le vieux lord apprécie en connaisseur sa jeunesse et sa taille fine… ainsi que ses multiples et autres attraits féminins.

Une fois exilé sur le continent, Ormond intrigue auprès du chef du gouvernement espagnol, le cardinal Giulio Alberoni (1664-1752), le bon ami (et disaient les mauvaises langues, ancien cuisinier ?) du Marechal de Vendôme, en faveur des intérêts jacobites. Cet « homme de rien », selon la terminologie aristocratique de l’Espagne d’alors, deviendra evêque de Malaga puis, on l’a déjà indiqué, cardinal. Grâce au soutien de la reine d’Espagne, Elisabeth Farnèse, Alberoni fait alors office de Premier Ministre à Madrid, mais pour peu de temps encore. Il jouera un rôle décisif dans une nouvelle tentative de reconquête des trois royaumes, en 1719.  Capitaine Général des armées du roi d’Espagne entre 1718 et 1720, le duc d’Ormond dirige en effet une expédition maritime qui part de Cadix pour l’Ecosse. Las, elle sera, elle aussi, victime des tempêtes atlantiques bien avant d’avoir atteint son but. Pour mieux suivre cette opération sur laquelle avaient été fondés tant d’espoirs, Jacques-Edouard s’était rendu en Espagne, au moment-même de son union avec Maria-Clementina Sobieska. Il avait résidé alors quelques temps à Madrid au palais de Buen Retiro, son mariage étant conclu par procuration avec la riche princesse polonaise.

En Ecosse, le marquis de Tullibardine, les comtes Marishal et Seaforth s’emparent néanmoins du château de Doune, près de Stirling, avec les maigres troupes qui ont réussi à aborder les côtes britanniques. Ils doivent rapidement abandonner leur prise sous le feu des troupes hanovriennes du capitaine Doyle. Les Jacobites de Murray sont battus à Glenshiel le 10 juin 1719 par les troupes du clan Monroe dirigées par le capitaine John Munro de Culcairn, farouche mais récent partisan des Hanovriens. Plusieurs insurgés rejoignent alors l’Espagne avec un jeune chef de guerre, Georges Murray, qui jouera plus tard un rôle essentiel dans l’insurrection jacobite de 1745 de Charles-Edouard.

Pour résumer, le duc d’Ormond, né à Dublin le 29 avril 1665, a été un militaire et un politique irlandais. Très averti, il a été un des protagonistes de la guerre de la Grande Alliance. Pour finir, il choisit quant à lui, d’abandonner définitivement les armes et achèvera sa vie et sa retraite avignonnaise rue Violette, à l’hôtel de Caumont, entre 1740 et 1745. James Butler, II duc d’Ormond meurt le 16 novembre 1745 en Avignon, exiled and insignificant, selon l’Oxford dictionnary.

La douceur de la vie avignonnaise des exilés confiés aux bons soins d’un vice-légat bienveillant et le second séjour du Prétendant en 1727

Jacques-Edouard et sa cour jouissent donc pour quelques mois du climat paisible de la bonne ville d’Avignon et du Comtat Venaissin tout en bénéficiant de la bienveillance du tout puissant et tolérant Vice-légat Alamanno Salviati. Estimant que son royaume ne vaut pas un culte anglican, et encore moins la perte d’une pension papale, Jacques-Edouard se consacre à ses dévotions quotidiennes dans sa paroisse, Saint Didier.

Les fêtes Jacobites en Avignon vont connaître une fin rapide. Pourchassé par le régime hanovrien de George Ier, Jacques-Edouard est obligé de quitter Avignon le 6 février 1717 après un dernier diner chez le vice-légat et une messe à Saint Didier. Il rejoint, après une traversée difficile des Alpes en hiver, le palais ducal d’Urbino, qui fait alors partie des domaines pontificaux. 

Jacques-Edouard se rendra ensuite à Rome, où il résidera, pensionné des papes, jusqu’à son décès en 1766.  Jacques-Edouard reviendra une dernière fois en Avignon pour quatre mois, du 23 août au 20 décembre 1727, et résidera cette fois-ci à l’hôtel de Villefranche.

Déçu par les trahisons politiques à répétition, Jacques-Edouard, à 55 ans, abandonne ses prérogatives royales et nomme, en 1743, Charles-Edouard régent des trois royaumes britanniques. Il va lui laisser carte blanche pour la suite des événements.

Une première tentative d’invasion de l’Angleterre est préparée par Charles-Edouard, fin 1744, à Gravelines, avec le concours du marechal de Saxe (1696-1750). Le fils naturel de l’électeur de Saxe, Frédéric Auguste, roi de Pologne sous le nom d’Auguste II, et de Marie-Aurore de Koenigsmark se révèlera peu soucieux – ou trop réaliste – à l’égard des intérêts des Stuart. Des vents contraires, encore eux, achèvent de ruiner ce premier espoir de reconquête du fils ainé de Jacques-Edouard. La flotte française du comte de Roquefeuil est malmenée par la tempête au large de Dunkerque, tandis que les navires de l’amiral anglais John Norris (1670-1749) croisent sans cesse dans le Pas de Calais…

L’insurrection jacobite de 1745 et 1746

Bien que soutenu par sept clans importants, tels les MacDonald, les Cameron, les MacLeod, Charles-Edouard et ses 36 régiments de Highlanders, échouera à reconquérir les trois trônes, malgré de brillantes actions militaires qui se dérouleront du 2 juillet 1745 au 16 avril 1746, avec le soutien de certains renforts français à partir de l’automne 1745.  Charles-Edouard s’est embarqué pour l’Ecosse moins de deux mois après l’éclatante victoire de Fontenoy (11 mai 1745), remportée par le maréchal de Saxe en présence du roi Louis XV et du Dauphin, sur la coalition commandée par le duc de Cumberland.

Son expédition en Ecosse n’a été rendu possible que grâce au soutien logistique de l’armateur jacobite d’origine irlandaise, Antoine Walsh, depuis Nantes, et ceci grâce à l’entremise du banquier écossais établi à Paris, Aeneas MacDonald.

A compter du 15 octobre 1745, le duc d’Eguilles, futur président du Parlement de Provence, accompagnera fidèlement Charles-Edouard dans sa campagne militaire de reconquête jusqu’à la défaite de Culloden (16 avril 1746). Le vaisseau L’Espérance, sur lequel il a embarqué, transporte onze mille fusils, onze mille sabres ainsi que des barils de poudre, sans compter d’importantes réserves d’argent. Un second vaisseau Le Hareng couronné double la mise en matière d’armement. La faiblesse de l’armée de Charles-Edouard est cependant certaine en matière d’artillerie face aux troupes anglaises. Outre les conditions de terrain défavorables aux Highlanders, c’est en effet l’artillerie du duc de Cumberland qui aura le dernier mot à Culloden. 

Si le cardinal de Tencin et sa famille encouragent les entreprises de Charles-Edouard, Louis XV, roi de France depuis plus de vingt ans, ne lui accordera que tardivement l’apport du Royal Ecossais : celui-ci débarquera à Montrose le 26 novembre 1745, au titre des premières victoires du jeune prétendant en Ecosse.

La traque de Charles-Edouard dans les Highlands dura près de six mois après la défaite sanglante des 36 régiments de Highlanders à Culloden, en avril 1746. Bonnie Prince Charlie, dont la tête a été mise à prix à la somme considérable de 30.000 Livres, échappe finalement aux troupes anglo-hollandaises du cruel duc de Cumberland.

En Ecosse, les terribles représailles du duc de Cumberland, dit le boucher des Highlands, après sa victoire de Culloden sur les Highlanders, s’exercent contre les clans ralliés à la cocarde blanche des Jacobites. Les plus chanceux furent incorporés dans l’armée anglaise, ou encore envoyés dans les colonies : Antigua, Jamaïque, Cap Breton, …, alors qu’en nombre considérable d’autres furent tragiquement exécutés.

 

Chapitre 10      Fin de la dynastie Stuart

La bataille de Culloden (16 avril 1746) a donc sonné le glas des Stuarts après la victoire définitive des Hanovriens. La monarchie parlementaire a éliminé les souverains de droit divin des terres écossaises. Les espoirs de restauration de la dynastie Stuart au sein des trois royaumes disparaissent à jamais. Depuis Loughgall (Irlande du Nord), est fondée une société fraternelle protestante, créée en 1795, dans le but de favoriser les objectifs du protestantisme. Bien qu'il soit principalement présent en Irlande du Nord, l’Ordre possède également des loges en Irlande, Écosse, Etats-Unis, Canada et plus généralement dans les pays du Commonwealth. Ainsi les orangistes forment un Ordre maçonnique d’opposition soutenant le régime hanovrien, dès les années 1690 à l’occasion de la victoire du roi Guillaume d’Orange à la bataille de la Boyne. Celle-ci étant commémorée chaque année, selon la tradition de l’Angleterre élisabéthaine pour intégrer les événements importants et politiques dans le calendrier protestant et hanovrien. Ceci dans le but essentiel de constituer le maintien d’une union des peuples des territoires du Royaume Uni.

En première ligne, on trouve les membres de l’Ordre d’Orange, ou "orangistes", organisation protestante et maçonnique finement liée à l’histoire irlandaise. C’est en 1795, en pleine période d’affrontements entre mouvements agraires catholiques et protestants, qu’est fondé l’Ordre d’Orange dans le comté d’Armagh, en Ulster. Le nom de l’Ordre fait référence au protestant Guillaume d’Orange (1650-1702), proclamé roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande en 1689.

Chaque année, le 12 juillet, les orangistes commémorent d’ailleurs la victoire de Guillaume d’Orange contre le catholique Jacques II, à la bataille de la Boyne, en 1690. Leur attitude est perçue comme triomphaliste par nombre de catholiques, ce qui entraîne régulièrement des émeutes.

Après la révolution française (1789 – 1795), la plupart des familles jacobites quittent Avignon. Elles connaîtront de brillants succès dans le commerce, l’industrie et le métier, des armes et dans bien d’autres domaines de par le monde. Les anciens partisans des Stuarts vont tenter leurs chances en Europe, en Amérique, ou en Inde et en Extrême Orient, et plus tard en Australie et en Nouvelle Zélande. On retrouve leurs traces sur les cinq continents jusqu’à aujourd’hui. Ils ont rejoint les membres de plusieurs vagues d’émigration écossaise plus précoces ; ce sera le cas en particulier pour certains Highlanders jacobites. Après 1746, ils s’éparpilleront dans les colonies anglaises d’Amérique : Virginie, Caroline du Nord et Caroline du Sud, Géorgie.

Dans le même temps, Charles-Edouard de plus en plus abandonné, se comportera désormais en fugitif, protégé de loin par la papauté, suivant les circonstances et les intérêts européens du moment.  Le dernier prétendant Stuart va errer de pays en pays, en commençant par Paris, où il mène une vie mondaine. Il y deviendra vite persona non grata. Blessé dans son honneur, Charles-Edouard part alors en Avignon pour quelques semaines au début de l’année 1749. Il y est accueilli par le vice-légat Pasquale Acquaviva d’Aragona.

Le dernier des Stuart

En dépit du soutien déclinant de la papauté et de la France, les trois derniers rois Stuart, Jacques II, Jacques III, y compris Charles-Edouard Stuart n’ont pas pu ou su maîtriser les évolutions religieuses et sociales de leur époque, associées à l’ambition politique et à la cupidité foncière, financière et marchande prévalant à Londres. Ils ont été victimes d’une conception de l’histoire qui néglige les intérêts croisés des conquêtes territoriales, de l’enrichissement commercial et des aspirations sociales de leurs sujets les plus actifs. Leur légitimité, d’origine religieuse et dynastique, ne correspondait plus aux nouvelles théories de l’Etat issues des Lumières, telles que les exprimaient, entre autres, John Locke et Lord Shaftesbury, puis David Hume en Ecosse.

La dynastie des Stuart, du fait de leur conception de la monarchie de droit divin, ne pouvait accepter l’endettement de l’Etat, la versatilité des partis politiques et leurs obscures intrigues. Face à l’hostilité de leurs adversaires, les derniers rois Stuart auront trouvé la quiétude en Avignon et dans le Comtat Venaissin pour quelques temps seulement, et un refuge idéal à certains de leurs partisans. Plus que le retour des Stuart sur les trois trônes, les alliances européennes prenaient en compte les enjeux territoriaux liés aux successions royales, les intrigues courtisanes, voire les agitations d’alcôves…

Charles-Edouard n’a pas résisté aux revers qui s’acharnent contre sur lui depuis la défaite de Culloden. Il sombre dans l’alcoolisme, séduit par les charmes du vin de Chypre, tant vanté en son temps par Richard Cœur de Lion. Sa santé déclinera rapidement à partir de 1785. A 79 ans, à l’occasion de son dernier séjour à Rome, au palais Muti au lieu même où il était né le 31 décembre 1720, Charles-Edouard Stuart, dit the Young Pretender rend son dernier soupir le 31 janvier 1788.

 

Chapitre 11      Une diaspora mondiale au service d'un peuple

Inspirée de l’ouvrage de Patrick Clarck de Dromantin, ayant donc pour sous-titre ‘’l’exode de toute une noblesse pour cause de religion’’, cette étude sort du thème exclusif de la Franc-Maçonnerie diffusée en toutes les latitudes, pour rester centrée plus précisément sur les questions religieuses et industrielles, militaires et administratives.Concomitamment, la diaspora jacobite sera placée au cœur de l’objectif d’une vaste organisation militaire au profit de la dynastie des rois d’Ecosse de religion catholique.

Leurs partisans, appelés ‘’jacobites’’, ont été les acteurs et les entrepreneurs d’une armée au service des rois Stuart et de l’église, qui ont employé les Loges maçonniques pour abriter leurs activités complotistes contre les Hanovriens. Déployant leurs forces à travers de nombreux territoires, ils ont trouvé hors des royaumes de Grande-Bretagne une issue à leur déchéance et leur misère grandissante, causées par la haine des anglais et de leur gouvernement tout puissant.

Dans le prolongement des événements de l’Histoire des trois royaumes Angleterre, Ecosse et Irlande, et plus largement à travers le monde, en référence à un second ouvrage, celui de Robert Freke Gould, militaire, avocat, franc-maçon, fondateur de la première Loge de recherche au monde, Quatuor Coronati, et historien, nous relevons le recensement suivant :

1) En 1790, près de 100 Loges militaires ont été constituées sous les auspices de la Grande Loge d’Irlande et 21 Loges sous celles de la Grande Loge d’Ecosse.

  • 49 d’entre elles ont été fondées directement par les plus anciens Jacobites
  • plusieurs dont nous ignorons le nombre ont reçu une patente des Grandes Loges provinciales, particulièrement en Amériques, Canada, nouvelle Ecosse Gibraltar et Jamaïque
  • près de 14 loges militaires ont reçu patente des « Moderns » plus les loges de la Royal Navy et de la Marine marchande

2) En 1813, sont référencées :

  • 190 Loges militaires sous les auspices de la Grande Loge d’Irlande,
  • 141 Loges de la Grande Loge d’Angleterre, dont 116 chez les « Antients », et 25 chez les  « Moderns »,
  • 21 Loges de la Grande Loge d’Ecosse.

Soit un total de 352 Loges, sans compter celles des colonies.

D’après l’acte d’Union adopté par le Parlement du Royaume-Uni en juillet 1840,  étaient comptées rétroactivement à 1816, seulement 52 loges militaires (45 pour les Antients, 7 pour les Moderns) et 10 écossaises et près de 40 loges de la Royal Navy établies par des autorités provinciales.

Pour résumer les activités maçonniques exercées sous couvert des Armées, nous pouvons rajouter que les Loges régimentaires et militaires ont joué un rôle essentiel dans l’apparition en France de la Maçonnerie spéculative.  Avant 1789, les Loges militaires qui existaient dans la plupart des Régiments initiaient au hasard des déplacements, d'une garnison à l'autre, sans distinction de classe des aristocrates, bourgeois, commis d'administration, avocats, religieux, qui allaient devenir ensuite les animateurs des Loges sédentaires.  Plus tard, sous le Premier Empire, ce furent les Loges militaires de la Grande Armée qui propagèrent la Franc-Maçonnerie dans toute l'Europe, notamment en Belgique, Allemagne, Autriche, Pologne, Italie, Espagne. Initiant un peu partout dans les territoires occupés, elles donnaient naissance à une Maçonnerie locale, là où elle était inexistante jusqu’alors, réveillant ailleurs de vieilles Loges qui étaient en sommeil. Par un étrange paradoxe, ce furent ainsi les militaires Francs-Maçons de l'armée impériale qui propagèrent à travers l'Europe l'idéal de la Révolution française de 1789.  Officiers et hommes de troupes se retrouvaient fraternellement réunis dans la Loge, sans aucune distinction de grades. En 1773, la Loge Saint-Charles des Amis réunis, installée au sein du Régiment de Saintonge, avait pour Vénérable le fourrier (officier ou sous-officier chargé de distribuer des vivres et de pourvoir au logement des militaires) Labouisse ; elle comptait parmi ses Membres le comte de Bérenger, mestre de camp.

En 1779, La Parfaite Union du Régiment du Vivarais avait comme Vénérable le simple soldat Dupred, alors que le capitaine Charles de Roux l'assistait comme Secrétaire.  Il n'est pas inutile de rappeler que, bien avant la création en 1717 de la Grande Loge de Londres, la Franc-Maçonnerie dans sa forme spéculative, avait été introduite en France par des militaires des Régiments jacobites. Lorsque la reine Henriette, fille du roi de France Henri IV, épouse du roi d'Angleterre Charles Ier  s'était réfugiée au château de Saint-Germain, la plupart des officiers écossais de sa suite appartenaient à des Loges anglaises qu'ils s'étaient empressés de reconstituer durant leur exil.

Il convient également de rappeler que dès 1689, à Saint-Germain-en-Laye, une Loge jacobite, La Bonne Foi, existait au sein du Régiment de Dillon des Gardes écossais. Plusieurs autres Loges stuartistes furent ouvertes en France dès 1690. Dans des conditions identiques, des marins et des soldats participèrent à la fondation des premières Loges spéculatives en territoire français. Ainsi, en 1732, des officiers de la marine anglaise séjournant à Bordeaux y ouvrirent la Loge L'Anglaise qui existe encore de nos jours. De nombreux officiers français furent initiés à cette époque. En 1736, plus de deux cents officiers de hauts-gradés assistaient à la Tenue maçonnique lors de laquelle le chevalier de Ramsay prononçait son célèbre Discours, premier essai de réforme de l'Ordre maçonnique. Ce fut à ce moment que fut initié le maréchal d'Estrées.

Le premier Grand Maître français, Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin et d'Epernon, élu le 24 juin 1738, était lui-même colonel du régiment de Royal-Marine. Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, qui fut appelé à lui succéder en 1743, avait fait ses preuves sur le champ de bataille. Il fut désigné par ses Frères de préférence au prince de Conti et au maréchal de Saxe.

Il y eut ainsi une longue période pendant laquelle les militaires exercèrent l'autorité suprême dans l'Institution maçonnique en France.  Au tableau des grands Officiers pour l'année 1773, figurent ainsi :

  • le Frère de Montmorency-Luxembourg, brigadier des armées du roi
  • le colonel d'infanterie de Buzançais
  • le mestre de camp de cavalerie Rohan-Guéménée
  • le colonel d'infanterie de Lauzun
  • le colonel d'infanterie Bacon de la Chevalerie
  • le colonel du régiment de Champagne Colbert, marquis de Seigneley
  • le maréchal de camp prince de Tarente
  • le mestre de camp des dragons prince de Pignatelly
  • le colonel d'infanterie vicomte de Rouait
  • le colonel d'infanterie chevalier de Launey
  • le lieutenant-colonel Giraud-Destours
  • le colonel comte d'Ossun
  • le mestre de camp de cavalerie marquis de Clermont-Tonnerre
  • d'autres encore.

Tous les Régiments disposaient alors d’une ou plusieurs Loges maçonniques.  Il suffit par ailleurs de consulter les tableaux des Loges parisiennes avant 1789 pour y trouver en très grand nombre des militaires de toutes les armes et de tous les grades.

Tout naturellement, les soldats Francs-Maçons prirent fréquemment l'initiative de créer des Loges civiles et sédentaires dans les garnisons des villes où ils étaient affectés.

Ce fut ainsi que le capitaine Frignet, du Royal-Lorraine-Cavalerie, fut en 1748 le fondateur à Rennes de La Parfaite Union, une Loge qui devait devenir plus tard la Mère-Loge de la Maçonnerie bretonne.  De même, en 1756, ce fut la Loge militaire Les Frères Unis, au régiment de Thianges-Dragons, qui installa à Laval la Loge sédentaire L'Union, composée essentiellement de petits bourgeois.  En 1768, lorsque L'Heureuse Rencontre fut installée à Brest, elle comptait parmi ses fondateurs une majorité d'officiers.

Les archives de la Franc-Maçonnerie française permettent de suivre les Régiments dans leurs déplacements successifs. Prenons l'exemple de La Parfaite Union, Loge militaire du Régiment Royal Roussillon-Cavalerie. Elle se trouve en garnison à Hesdin en 1774 lorsqu'elle ouvre ses travaux sous la direction du capitaine de Moreton-Chabrillant. En 1775, lorsqu'elle initie le comte des Rieux et le comte de Carné, elle tient ses assises dans le Temple de la Loge de Rennes.

De la même façon, nous pouvons suivre pendant plus de vingt ans dans ses déplacements la Loge militaire de l'Orléans-Dragons. Des noms connus figurent sur les tableaux des Loges militaires. Le sous-lieutenant Alexandre de Musset, grand-oncle du poète, appartenait à La Concorde, Loge du régiment d'Auvergne. Le baron de Montboissier-Beaufort-Canillac, gendre de Malesherbes, fut Vénérable de L'Amitié à l'épreuve, la Loge de l'Orléans-Dragons.

Le duc de Richelieu, futur Premier ministre du roi Louis XVIII, fut l'orateur des Dragons Unis, au régiment des Deux-Ponts-Dragons. Percy, l'un des rénovateurs de la chirurgie militaire, fut le Secrétaire des Frères Unis, au Régiment de Berry-Cavalerie. Le célèbre Choderlos de Laclos, l'auteur des Liaisons dangereuses, fut le Vénérable de L'Union, au corps d'artillerie de Toul.

Lafayette et Rochambeau étaient eux aussi Francs-Maçons.  Axel de Fersen, colonel du Royal Suédois, l'homme qui organisa la fuite à Varennes de la famille royale, appartenait à L'Olympique de la Parfaite Estime. Dans cette Loge il retrouvait un lieutenant-général qui se nommait Charles d'Estaing.

Le célèbre mathématicien Gaspard Monge fut en 1779 l'Orateur de L'Union Parfaite du corps du génie où il avait été initié. La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, tombé au champ d'honneur le 27 juin 1800, appartenait à une Loge bretonne.

Il semble que la période la plus faste de la Maçonnerie militaire fut indéniablement celle du Premier Empire, avec les Francs-Maçons Junot, Pichegru, MacDonald, Beurnonville, Kléber, Brune, Joseph et Jérôme Bonaparte, Sérurier, Kellermann, Mortier, Ney, Lannes, Lefebvre, Murat, Augereau, Moreau, Exelmans, Suchet, Oudinot, Bernadotte, Molitor, sans oublier le général Hugo, père de Victor, qui appartenait à L'Amitié d'Aix-en-Provence et à La Concorde de Bastia.

Faire aujourd'hui le tour de Paris par les boulevards extérieurs, c'est s'offrir l'occasion de saluer l'un après l'autre les plus grands noms de la Maçonnerie militaire. N'oublions pas le maréchal Masséna, duc de Rivoli, qui avait été initié à Toulon en 1784 par la Loge Les Enfants de Minerve.  Quant à Grouchy, celui de Waterloo, il appartenait à La Candeur de Strasbourg.

Dans toute l'histoire de la Franc-Maçonnerie universelle aucune date n'est plus douloureuse que celle du 18 juin 1815. Ce jour-là, dans la plaine de Waterloo, se retrouvèrent face à face les Francs-Maçons français du Frère Grouchy, les Francs-Maçons anglais du Frère Wellington, les Francs-Maçons prussiens du Frère Blücher. La fine fleur des Loges militaires de la Grande Armée disparut dans la charge héroïque de la Haie-Sainte, que commandait le Franc-Maçon Lassale.

Quelques-uns des plus grands noms de la Marine figurent également sur les tableaux des Loges, notamment ceux du corsaire Surcouf et du corsaire Bompard, du bailli de Suffren, de l'amiral Villaret de Joyeuse, de l'amiral Bruix, de l'amiral Magon de Médine qui trouva la mort à Trafalgar.  Les marins français participèrent activement à l'implantation et au développement de la Maçonnerie aux Antilles, à Saint-Domingue, aux Indes, au Moyen-Orient et en Amérique Latine. Un militaire comme le comte de Grasse-Tilly propagea de la même façon et organisa dans plusieurs pays d'Europe, notamment en Belgique et en Espagne, le système des Hauts-Grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté, lequel système a été révélé sous la férule du Chevalier de Ramsay à partir de son fameux Discours.

La liste est longue des soldats Francs-Maçons qui, sous différents régimes, furent élevés à la dignité de maréchal de France. Les plus connus sont Augereau, Bernadotte, Exelmans, Joffre, Kellermann, Lefebvre, Masséna, Murat, Ney, Soult et Suchet. Pendant la guerre de 1914-1918, le Grand Maître de la Grande Loge de France était le général Peigné. Une Loge parisienne de son Obédience porte aujourd'hui son nom.

En conclusion, nous confirmons la diffusion de la Franc-Maçonnerie opérée en grande partie par les Régiments jacobites, puis adoptée par les Armées et la Marine des différents rois de France et d’Europe. Les Régiments IRLANDAIS et ECOSSAIS incorporés aux Armées françaises à travers le monde ont ainsi contribué à cette diffusion et ont sauvé des populations entières de la misère.

Et in fine, le revers de la médaille, désastreux pour les rois Stuart, a cependant servi leurs partisans Jacobites. Sans aucun doute leur fuite d’Irlande, Ecosse et Angleterre pour une destination plus ou moins lointaine a été propice à un sursaut familial, social, et économique de très nombreuses familles.

 

Chapitre 12      Clin d’œil à Charles de Gaulle et à l’Irlande

Plus proche de nous, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, la victoire de 1945 nous a apporté un général qui présida aux destinées de la France jusqu’en 1969. Une anecdote que vraisemblablement peu d’entre nous connaissent, celle de l’un de nos plus illustres présidents de la République française, Charles de Gaulle, dont les origines irlandaises nous permettent de découvrir que notre pays a été gouverné par un jacobite.  Notre jacobite Charles de Gaulle, descendait de la branche Mac Cartan, chef de clan à Kinelarty dans le sud du comté de Down aujourd’hui en Irlande du Nord.

Les Mac Cartan, opposés aux chevaliers normands au XIIe siècle, prennent les armes contre l’envahisseur Anglais en 1641, et pour se faire ils se rallient à la cause de Jacques II Stuart. A la suite des défaites de la Boyne et d’Aughrim, puis conséquemment à la reddition déclarée par le traité de Limerick de 1691, les Mac Cartan s’embarquent pour la France et s’engagent dans les rangs des Oies sauvages, célèbre Brigade Irlandaise au service de la France.

Marie Angélique arrière-petite-fille d’un officier du régiment Irlandais épouse un avocat lillois Henri Louis Delannoy et donne naissance à une fille Julie Marie Delannoy ; celle-ci épouse en 1858 un industriel lillois Jules Maillot.

La fille du couple, Jeanne, épouse Henri de Gaulle et donne naissance à Charles de Gaulle le 22 novembre 1890.  Notre président était donc un descendant ulstérien (originaire de la région de l’Ulster en Irlande du Nord). On comprend un peu mieux son attachement à cette Irlande qu’il a souhaité visiter, après ce qui l’a conduit à résigner sa charge de président à l’issue du référendum de 1969.

Fidèle à ses principes, le général de Gaulle décide de se retirer du pouvoir le 28 avril 1969. Prenant ses distances avec la France pendant la campagne présidentielle, il part en Irlande sur la terre de ses ancêtres, le clan des McCartan, où il cherche le calme pour rebondir après l’échec. Il écrira quant à son choix d’une retraite hors de France « En ce moment grave de ma vie, j’ai trouvé ici ce que je cherchais : être en face de moi-même. L’Irlande me l’a offert de la façon la plus délicate, la plus amicale. »

Après des souverainetés qui se sont succédé, des royaumes recomposés, et deux guerres mondiales, de nombreux officiers d'active sont restés attachés à la Franc-Maçonnerie et se sont distingués lors de Révolutions, des plus hauts Dignitaires jusqu’aux Vénérables de Loges de divers rites (écossais, anglo-saxons, …) dont quelques-uns furent appelés à siéger au Conseil fédéral de la Grande Loge de France.  Ainsi, la tradition de la Franc-Maçonnerie militaire n’a pas été interrompue.

Elle constitue l'une des plus belles pages de l'histoire de la Franc-Maçonnerie française.

De l'Irlande à Saint Germain et dans le sens inverse, l’épopée de la Maçonnerie jacobite et des Stuart nous permet de voyager au fil des siècles.

La contribution des exilés jacobites irlandais et écossais sont les graines qui ont fait germer la Franc-Maçonnerie au-delà de toutes frontières et des océans. Et pour nous Initiés appartenant à diverses Obédiences, pratiquant des Rites différents, il importe de prendre connaissance d’un fragment de la grande Histoire de l’Institution en général, qui a marqué de son empreinte le paysage maçonnique du Vieux Continent, de l’Ecosse à l’Irlande en passant par l’Angleterre et la France.

J’ai dit.